Tome 1 : Chapitre 34 (Engy) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
En me réveillant, je découvre que Jaylen m’a rendu mon sac. Il est sur la table de chevet. J’étire le bras pour faufiler ma main à l’intérieur et récupérer mon téléphone.
Il est 13 h 09.
Il y a un bail que je n’avais pas dormi aussi longtemps.
En consultant mes messages, je constate que Bev m’a demandé plusieurs fois pourquoi j’étais partie. Je lui envoie une réponse rapide, histoire qu’elle cesse de s’inquiéter – même si je sens plutôt qu’elle m’écrivait pour me dire que je manquais une soirée palpitante.
Je t’appelle bientôt, tout va bien, je ne me sentais pas très bien alors j’ai pris un taxi pour rentrer.
J’appuie sur envoyer, dépose l’appareil et me retourne dans le lit, cherchant à me caler au chaud.
Je tressaute en tombant nez à nez avec Jaylen.
Sur le coup, je reste médusée puis, voyant qu’il dort paisiblement, quelques idées me traversent l’esprit.
La première est de saisir l’occasion de… le tuer.
La deuxième est juste… de contempler cette bête sanguinaire qui est inoffensive en cet instant.
La troisième est d’abuser de sa chaleur, car mon corps est glacé.
Ces trois options sont alléchantes.
Je pourrais simplement faire tout ça, mais inversement. Donc, me rapprocher, le contempler, le tuer…
Dès que je me glisse délicatement vers lui, sous la couette, je sens cette chaleur tropicale. Mon corps entier se couvre de frissons agréables.
J’ai une légère douleur entre mes cuisses, due à la violence de ses doigts. Une violence que je pourrais réclamer à nouveau. Qui deviendra… vitale. Comment ce gars peut-il avoir ce pouvoir sur moi ? C’est comme si je m’étais offerte entièrement, comme si je n’avais plus aucun contrôle sur mon esprit et mon corps ; il n’était qu’à lui et il a maîtrisé chaque partie de mon être jusqu’à m’en faire chavirer l’âme. Il m’a littéralement plongée dans une ivresse envoûtante dont j’aurais aimé ne jamais sortir.
J’ai adoré.
Et c’est mal.
Vraiment très mal.
Car je sais que je n’aurais pas dû. Pas dû me retrouver ici, à ses côtés, encore moins dans son lit…
Je sais aussi que je suis perdue. La présence brutale de ce Jann dans ma vie fait éclater en morceaux tout mon univers. Je me sens emportée dans un courant dangereux, mais je n’arrive pas à regagner la surface ni à aller à contre-courant. C’est trop puissant, inexplicable. Je sais que c’est peut-être la mort qui m’attend, mais pour le moment, Jaylen est celui qui me tient la tête hors de l’eau pour éviter que je sombre. Même si c’est lui qui m’a entraînée dans ses ténèbres… Malgré sa noirceur, je me retrouve à devoir lui faire confiance, et le pire… à devoir dépendre de sa protection. À tout moment, il peut me lâcher la main et je mourrai… Si je devais me retrouvrer au ranch de Navid, à être réduite à l’esclavage et à la torture, ce serait comme de m’imposer la damnation éternelle. Je préférerais mourir.
Jaylen a la tête posée contre l’oreiller. Sa tignasse d’un noir ébène est magnifique. Sa mâchoire, un peu carrée, ses lèvres parfaites et sa barbe de trois jours le rendent attirant. Il sent bon, comme s’il avait pris une douche avant de se faufiler dans le lit.
Son bras qui repose sur la couette est musclé et d’énormes veines serpentent sur sa main et son avant-bras. Ses mêmes doigts puissants qui m’ont pénétrée et procuré tant de bien laissent une lourdeur dans le bas de mon ventre.
Je sens mon clitoris réagir en me souvenant de ses caresses ; c’est comme si un cœur tambourinait entre mes cuisses. La chaleur me monte au visage et je la sens aussi se déverser dans mon vagin.
Je déglutis et découvre aussitôt que ma gorge est douloureuse. En la touchant du bout des doigts, je sens la peau à vif, une sensation qui s’apparente à une brûlure. Le souvenir de sa main autour de mon cou lors du coït refait surface. Ça ne m’a pourtant pas fait mal. J’étais peut-être tellement défoncée que je n’ai pas eu conscience qu’il m’étranglait violemment.
On ne s’est pas protégés. Je ne suis pas inquiète de tomber enceinte, car je prends la contraception par injection tous les trois mois, mais outre ça, les infections transmissibles sexuellement ne m’ont même pas effleuré l’esprit. Comment ai-je pu être aussi insouciante ? Je ne le connais pas. Il vient d’un milieu abject : bar, club, réseau. Forcément, il a baisé des femmes. Assurément des inconnues ou même des prostituées de rue…
Pourquoi suis-je si détachée du risque ? Comme si, d’une part, je n’en ai rien à foutre. Parce que j’ai vécu bien pire. J’ai frôlé la mort plusieurs fois. Alors, coucher avec un tueur en série sans protection n’est pas ce qui accapare en priorité mes inquiétudes. C’est aberrant, car je devrais avoir une réaction : sauter du lit, être sous le choc de ce qui s’est passé la nuit dernière. Mais mon esprit est étrangement calme et mon corps est bien près de lui.
Je ne vais pas lâcher que je suis amoureuse de ce psychopathe ! Non ! Je ne suis pas complètement folle. Pas encore, du moins. Ou peut-être que si. Puisque je ne sais pas vraiment ce que je ressens. Je le déteste, pourtant ce qu’il vient de me faire vivre déclenche en moi un « besoin ». Après mes traumatismes, je ne ressentais plus aucune émotion. J’étais morte à l’intérieur. Et là, il revient dans ma vie, et je ressens des choses à nouveau.
Jaylen se tourne lentement sur le dos et, croyant qu’il est en train de se réveiller, je ferme les paupières, feignant d’être assoupie.
Après quelques secondes, j’entrouvre les yeux pour voir qu’il est encore profondément endormi.
Une partie de son torse est nue et subtilement, j’écarte un peu le drap pour mater son corps ciselé. Une brûlure s’étend dans ma poitrine en voyant son érection, son gland qui dépasse de l’élastique de son boxer noir. Sa queue est bandée et je peux voir sa verge se dessiner à travers le tissu. Je mordille ma lèvre, voyant beaucoup de liquide préséminal, transparent et visqueux qui s’écoule de son urètre.
Je ne sais pas ce qui me passe par la tête, mais ça m’émoustille au point d’avoir des images sensuelles de moi qui me faufile sous les draps, où je tire sur son boxer pour voir son calibre se dresser sous mes yeux et lèche cette sécrétion qui coule de son sexe, juste pour découvrir quel goût il a… Je n’ai jamais fait de fellation. Je crois que l’idée de faire ça pendant qu’il dort m’excite. Sucer un mec, ça ne m’avait jamais vraiment attirée. Mais là, j’en ai envie.
Ma main s’approche de son boxer et j’hésite à le toucher. Avec mon index, je finis par simplement effleurer la couronne de son gland à découvert, puis je descends le long de sa verge jusqu’à son scrotum qui est remonté et contracté. De manière instantanée, répondant à cette caresse, sa verge pulse, se dilate et je sens sa queue se tendre encore plus. À présent, le sang l’engorge.
Je retire ma main et rougis de plus belle. À présent, c’est mon sexe qui devient humide. Je serre les cuisses et ça n’aide pas à calmer les sensations agréables qui s’y logent.
Je crois que je suis encore fébrile et réceptive à cause d’hier.
Je décide d’écarter la couette pour me redresser et m’éloigner de Jaylen. Sinon… l’envie de l’enfourcher pour le sentir en moi et me faire du bien va devenir urgente, et je ne peux pas agir ni penser comme ça. C’est… pervers. La normalité aurait voulu que je le tue plutôt que je le désire. Eh merde, non… même penser à tuer quelqu’un, ce n’est pas plus sain. En fait, ouais, je pense que je commence à devenir complètement folle.
D’ailleurs, je ne sais même pas comment il a réussi à m’enjôler la veille au point de m’être offerte à lui. Il a un magnétisme dangereux et je ne peux pas me laisser manipuler par cette attirance involontaire.
Ce cinglé a quand même tué des gens, bordel ! Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?!
Sur la pointe des pieds, je gagne la première marche de l’escalier. Le t-shirt noir de Jaylen est si long qu’il m’arrive aux genoux. En descendant, je sens l’humidité entre mes cuisses et ça m’embête. L’excitation va quitter mon corps quand je serai assez loin de lui. Ce n’est pas possible qu’il ait cet effet sur moi. Est-ce que je regrette d’avoir couché avec lui ? Carrément. Sans alcool ou ecstasy dans le sang, je suis lucide, et je ne crois pas que je vais le laisser me toucher à nouveau. Et ce, même si ç’a été la meilleure nuit que j’ai vécue de toute ma vie. Jaylen est un vrai phénomène au pieu. Sa façon de m’embrasser, d’effleurer chaque zone érogène avec son souffle, de laisser ses doigts affoler mes sens. Sans parler de son corps taillé à la serpe et de son calibre imposant qui m’a fait rencontrer les confins d’une volupté orgasmique qui m’a prise par surprise. Son parfum unique, sa force, sa bestialité, même sa dangerosité m’a fait perdre la tête.
Sa dangerosité ?! Quoi ?! Vraiment ?! Non ! Ce n’est pas excitant ! Bon sang ! Je vais trop loin !
Sors ce mec de ta tête, Engy ! C’est un criminel ! Il commet des homicides, me sermonne ma conscience qui revient en force.
Merde ! Je sais tout ça. Je ne crois pas que ce soit sa dangerosité macabre qui m’attire, mais plutôt le fait qu’il soit suffisamment dangereux pour pouvoir repousser les menaces extérieures.
OK, faut que j’arrête d’être obsédée par ces questionnements. Ma santé mentale prend un coup.
Clairement, je n’arrive plus à gérer cette situation. Tout se bouscule dans ma tête, ça part dans tous les sens. Je n’arrive pas à mettre de l’ordre dans ce chaos de contradictions qui m’empêchent d’user de ma raison.
Dans le salon, je commence à chercher ma culotte. Elle n’est pas sur le tapis, pas même dans un coin ou jetée à l’écart. Je me penche rapidement pour vérifier sous un canapé.
— Hum… putain, cette vue sur ton cul, je ne pouvais pas rêver mieux.
Je me redresse vivement, tirant sur le bas du t-shirt, et cherche cette voix.
— C’est ça que tu cherches ? fait Jonas près de l’entrée en tenant ma culotte pendue à son index avec désinvolture. Je me demandais justement à qui elle était. Mais j’avoue que son parfum… m’était familier.
Mais qu’est-ce qu’il fait ici ? D’où il sort comme ça ?! Je pensais qu’il n’y avait que Jaylen et moi dans cette villa.
Avec un air railleur et un regard empli de concupiscence, Jonas hume ma culotte avant de la fourrer dans la poche de son jean, n’ayant pas l’amabilité de me la rendre.
Je le pique sans lui montrer mon agacement :
— Ça va, garde-la, tu peux te branler avec, pour ce que j’en ai à faire ; c’est tout ce que t’auras jamais de moi, de toute façon.
Il y a un moment de silence, alors qu’un affrontement a lieu entre nos regards. Il plisse les yeux avec défi alors que je le mitraille.
— Tu crois vraiment que je vais me contenter de ça ?
— Ça va, Jonas, lâche-la, intervient Joshua dans la cuisine.
Il boit tranquillement un café, alors que je ne l’avais même pas vu.
— T’as faim ? ajoute Josh à mon intention.
En me levant, je m’éloigne de Jonas pour être plus près du frère que je juge être le moins nuisible.
De plus, j’ai terriblement faim et il m’offre une assiette de pancakes qu’il a préparés.
Dès que je m’assois sur un tabouret devant l’îlot de cuisine, il pousse une assiette vers moi et remplit une tasse de café fumant.
— Merci, dis-je nerveusement.
Mes doigts s’enroulent autour de la tasse et je m’empresse de prendre une gorgée. Je me brûle un peu les lèvres.
Joshua me semble tellement serein, mais en même temps, il a l’air de ne jamais cesser de réfléchir. Je vois sur l’écran de son téléphone qu’il écoutait Drop Dead de Neverwaves avec des AirPods. Je prends aussi conscience que je n’ai pas vu le chien, Box. Jaylen a déménagé sans lui ? Je me demande ce qu’il en a fait…
— Où est Box ?
Joshua plante sa fourchette dans son assiette et commence à manger sans s’asseoir. Avec une bouchée de travers, et les sourcils froncés, il marmonne en contournant ma question :
— T’as couché avec mon frère ?
Je baisse aussitôt les yeux sur ma nourriture et évite de répondre à cette question qui a l’effet non d’une simple déduction, mais d’une réprimande.
Ce que j’ai fait me met déjà assez mal à l’aise, donc je préfère qu’il ne s’imagine pas une telle chose.
— Ce serait complètement absurde, dis-je avec méfiance.
Joshua pouffe et décroche un sourire en coin, me faisant savoir que ma réponse ne le convainc pas. Intéressé par cette suspicion, Jonas s’approche de son jumeau, se campant à côté de lui de l’autre côté de l’îlot pour pouvoir m’examiner à son tour. Après une brève inspection, il lâche :
— Ah ouais… elle a plein de marques de strangulation…
— On dirait bien, murmure Joshua en me fixant.
— Ils ont baisé… renchérit Jonas.
— On dirait bien… répète Joshua alors que ses traits s’illuminent de stupéfaction.
— Mais… elle est en vie ?! émet Jonas, contrarié.
— On dirait bien, riposte une dernière fois Joshua.
Jonas me fixe à présent avec une curiosité malsaine.
Il se la joue nonchalant, en appuyant ses coudes contre l’îlot pour me contempler en plissant les yeux. À croire qu’il cherche à lire quelque chose dans mes yeux. Il dit :
— Jay, quand il baise et qu’une pulsion d’étrangler lui vient, il… tue.
Je sens mes pupilles se dilater de peur. Jonas semble fasciné par mes marques et… de me voir en vie. C’est quoi, ces conneries ?
N’ai-je pas réalisé l’ampleur et la gravité de ce que j’ai offert à ce tueur ? Aurais-je pu réellement mourir entre ses mains ? Non… Jaylen me protège. Ça n’a aucun sens. J’essaie de voir dans les yeux de Josh si son jumeau me dit est la vérité. Lorsqu’il détourne les yeux et enfourne une immense bouchée, je comprends que cette confidence est une nouvelle vérité absolument terrifiante sur l’homme avec qui j’ai couché la veille.
En contrepartie, Jonas se délecte de l’effroi qu’il fait naître en moi. Même si je tente de le dissimuler, son air satisfait me dit qu’il le sent. Tel un prédateur qui hume la peur de sa proie.
Son sourire me percute sans prévenir. Il finit par me jeter à la figure :
— T’aimes le risque. T’as pris goût au danger, Engy ? La malédiction, quand une femme est dans la mire d’un Jann, c’est la mort. Si t’es une exception, il peut n’y avoir qu’une raison : la folie vit en toi. Je la cherche, mais je ne la vois pas. Je refuse de croire que tu puisses être compatible avec Jaylen. Qu’est-ce qu’il voit en toi que je ne vois pas ?
Alors que Jonas est accoudé sur le comptoir, la main bandée en appui, une idée me traverse l’esprit : celle de lui planter ma fourchette à travers son bandage déjà taché de sang. Piquer son doigt rafistolé, qui semble mettre un certain temps à guérir. Je soutiens ses prunelles et esquisse un sourire narquois qu’il ne peut pas manquer. S’il pouvait lire dans mes pensées, à l’instant même, il ne douterait plus que la folie fait bien partie de moi.
Je choisis sagement de terminer mon assiette sans lui donner l’attention qu’il cherche.