Tome 1 : Chapitre 39 (Engy) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
L orsque je sors dehors, j’essaie de faire vite. Du moins, avant que Jaylen me cherche et me tombe dessus. Ce n’est pas lui qui m’inquiète vraiment, je sais qu’il acceptera que je voie Dustin ; mais Dustin ne me pardonnera jamais de me voir ici, accompagnée par lui, même si je lui expliquais la situation. Il me connaît ; il sentirait qu’il y a quelque chose entre ce criminel et moi. Il lirait dans mes yeux que j’ai franchi une ligne sombre et effroyable : celle de coucher avec un tueur. Je ne vais pas aborder le sujet du fait qu’il ait provoqué ma rupture avec Ethan, pour la simple et bonne raison qu’Ethan n’est pas fait pour moi et que Dustin le savait. Et puis, pour moi, ça n’a pas d’importance tout ça. Je veux juste récupérer mon ami.
Je passe à côté de plusieurs personnes qui échangent, boivent, rigolent, cherchant ce visage familier. Je vais même jusqu’à tirer sur la manche d’un type pour qu’il se retourne, pensant que c’est mon Dustin, mais c’est une erreur. Je regarde dans les coins sombres du manoir, près du garage.
Rien.
— Dustin ?
Je retourne vers l’entrée, m’approche d’un groupe et inspecte l’identité de chacun. Mais c’est ardu, tout le monde porte un masque. Est-ce que Dustin en a enfilé un ?
J’observe au loin, vers la rue. Aucune voiture qui attend au bord du chemin. Je vais donc vers le parking principal rempli de voitures de jeunes universitaires. Les véhicules sont dissimulés par l’obscurité, ce qui rend difficile la tâche de reconnaître celle de Dustin s’il est venu avec la caisse de son père. Je m’éloigne de plus en plus du manoir. La musique devient lointaine.
— Dustin, où es-tu ? marmonné-je.
J’observe chaque bagnole. Toujours rien. Aucun mouvement, aucun moteur en marche ou phare qui clignote pour indiquer où il est.
Je prends mon téléphone, allume l’écran et lui envoie un message.
Je ne te trouve pas.
Je commence à avoir un peu froid et quelques gouttes de pluie tombent du ciel nuageux pour venir s’échouer contre ma peau de plus en plus frigorifiée. Le brouillard tapisse les alentours. Dustin ne répond pas à mon message. La pluie recouvre à présent l’écran et je commence doucement à grelotter quand une brise s’élève du sol. Je décide de l’appeler.
Ça sonne.
Dustin a choisi une sonnerie personnalisée pour savoir facilement lorsque c’est moi qui l’appelle. C’est une version instrumentale de la chanson 11 minutes de Yungblud et Halsey.
Et j’entends cette sonnerie…
Quelque part dans l’ombre…
Je lève les yeux vers l’écho de la forêt, cherchant la provenance.
Sans que je comprenne vraiment pourquoi, un noeud d’inquiétude se forme dans mon ventre. Les bois sombres et la musique qui y résonne en écho transforment cette belle ambiance de nuit d’été en un moment presque sinistre.
Le bruit des cailloux du parking se fait entendre quand je fais quelques pas en direction de la forêt. Il pleut de plus en plus.
Je fronce les sourcils, regarde brièvement autour de moi et continue à avancer vers la source.
Je laisse sonner le téléphone qui tente de joindre Dustin. Je m’en approche, car le son devient plus clair.
Près de la rangée d’arbres, de l’autre côté, se trouve le parking privé où la Challenger rutilante de Jaylen est garée. Je traverse donc la séparation bondée de conifères, mes talons s’enfonçant dans la terre humide, pour me diriger vers le petit parking en pavés unis.
La sonnerie est beaucoup plus perceptible.
J’hésite un moment à m’approcher du bolide qui m’effraie. Je l’observe, toujours en laissant la sonnerie continuer d’appeler Dustin. Je serre un peu plus le téléphone dans ma main.
Je contourne lentement la Challenger, examinant les fenêtres, même si je ne vois pas l’intérieur, car elles sont trop teintées. Ce qui est étrange, c’est que le son me mène vers le coffre.
Est-ce que Dustin sait que je suis avec Jaylen ce soir ? Si ça se trouve, oui, et il me fait une mauvaise blague… Il va sortir de derrière un arbre pour me dire à quel point il me hait d’être venue ici avec ce type ? Si ça se trouve, il a parlé avec Bev juste avant moi et elle lui a dit que j’étais avec un mec dont il a découvert l’identité. Il nous a peut-être même vus ensemble. En venant au manoir, il a pu repérer la Challenger.
— OK, Dustin ! Ce n’est vraiment pas drôle.
Je jette un regard pétrifié derrière moi, examinant chaque coin d’ombre et bredouille un :
— Dustin… je peux t’expliquer. Ne sois pas fâché, s’il te plaît.
Il n’y a aucun mouvement, aucune réponse.
Je colle doucement mon oreille contre le coffre pour entendre la sonnerie. Elle vient vraiment de l’intérieur. Mais… comment est-ce possible ?
Soudain, je sursaute lorsque le coffre s’ouvre de lui-même !
La sonnerie est très bruyante. Je découvre le téléphone de Dustin dans la poche avant d’un sac de sport noir et je m’en empare. Je romps l’appel pour éteindre tout bruit.
C’est quoi ce délire ?! Pourquoi son téléphone est-il dans le coffre de Jaylen ?!
Ça n’a aucun sens.
Je baisse les yeux pour voir le contenu du sac. Mes doigts ouvrent la fermeture éclair et, à la seconde où un interstice se dessine, une puissante odeur infecte et abominable se répand dans l’air !
Je m’éloigne du véhicule, plaquant une main contre ma bouche et mon nez. Mon estomac se contracte de manière instinctive.
J’ai envie de vomir.
Je tousse alors que je suis sur le point de gerber, mais rien ne sort. C’est comme si cette puanteur avait traversé ma gorge tellement c’est violent.
Dès que je reprends de l’air frais et que cet effluve ne me fait plus couler des yeux, je m’approche à nouveau du contenu du sac, en gardant une main contre ma bouche et mon nez.
Du bout des doigts, j’ouvre juste assez le sac pour apercevoir… une… Une tête.
Une tête humaine.
La tête… la tête de… Dustin…
Sous le choc, je reste figée. Je sens le sol disparaître sous mes pieds. Le décor s’efface. Mon monde s’écroule. Mon cœur s’arrête.
Mes yeux grand ouverts se remplissent d’eau et mon visage se plisse de douleur. Je pince les lèvres, retenant un cri de terreur.
Je tombe à genoux ; même si le coup doit être douloureux, je ne le sens pas. Je sens seulement la violence dans mon ventre.
Je vomis.
Je vomis en même temps que je sanglote et que les larmes jaillissent derrière mon masque rouge. Mon esprit ne veut pas réaliser ce qu’il vient de voir. J’essuie ma bouche, relève les yeux vers le ciel et c’est plus fort que moi, je hurle.
Je hurle de douleur. Une douleur inexplicable.
Je reste là, à pleurer toutes les larmes de mon corps et à crier, jusqu’à me brûler les poumons par la rage qui m’habite.
La porte de la Challenger s’ouvre et je sursaute. Qui est-ce ? Qui est cette personne qui m’a ouvert le coffre pour que je voie la tête décapitée ? Cette personne qui m’a fait venir ici.
Dans l’ombre, je ne vois pas très bien, mais je finis par déceler son identité.
Jonas.