Tome 2 : Chapitre 10 (Engy) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Je me réveille doucement en voyant la clarté du jour qui filtre à travers mes cils. Jaylen est venu dans le courant de la nuit pour me détacher les chevilles et les poignets. À moitié somnolente, je l’ai senti me tourner sur le côté et me couvrir d’un drap, ce qui a été agréable. Je crois qu’il n’était plus en colère. Il a déposé un baiser sur mon front avant de partir. D’ailleurs, je ne sais pas où il est allé, mais il embaumait l’air d’une odeur d’alcool et, tout le reste de la nuit, il n’était pas dans le lit.
— Il est temps de se réveiller, la belle au bois dormant…
En ouvrant les paupières, je me retrouve face au masque noir de Jaylen. Seulement, ce n’est pas lui. Non, là, c’est un mec avec une crête blond polaire qui s’affiche. Je retire d’emblée le masque pour découvrir Jonas.
Je frappe violemment son torse et c’est en rigolant qu’il se redresse, tout en se plaignant un peu de la douleur.
— Jonas ?! Va-t’en !
Même si je le frappe à nouveau, il s’assoit en appuyant son dos contre la tête de lit et manipule le masque.
— Sérieux, il fait quoi mon frère avec ce truc ? C’est un genre de jeu érotique ?
— Dégage !
— Calme-toi, princesse, je viens en paix.
J’aimerais me lever, seulement, je suis entièrement nue sous le drap. Il s’empare de quelque chose dans la poche de son sweat.
Oh, Seigneur… c’est mon cahier de dessins ! La dernière personne à l’avoir eu est Dustin. Je me souviens qu’il l’avait dans la cabane après m’avoir retrouvée grâce aux portraits que j’avais faits de mes voisins. Ça l’a conduit tout droit vers la mort…
Je tente de lui enlever le carnet alors qu’il fait défiler les pages, mais il arrive sans mal à s’esquiver.
— Détends-toi… khitraya zmeya, envoie Jonas avec un soudain accent russe très prononcé que j’ai rarement entendu.
C’est très déconcertant. Cette voix… me file la chair de poule.
— Qu’est-ce que t’as dit ?
— Ça veut dire « serpent rusé ou sournois » en russe. J’avais une vipère avant, je la surnommais Zmeya. Tu me fais penser à elle. Elle fuyait plus qu’elle n’attaquait. Assez misérable. J’ai fini par la tuer, car elle ne chassait pas ; il fallait que je la nourrisse d’animaux déjà morts. C’était ennuyant. Exactement comme toi. T’es bandante, mais ennuyante. Je cherche encore le côté sombre et exaltant que Jaylen décèle en toi… Personnellement, je préfère les femmes badass, sauvages, meurtrières. Les déesses psychopathes qui apprécient de recevoir des coups, qui supplient pour être torturées et qui jouissent en fontaine quand on les étrangle. Mais si Jaylen aime les petites vipères, c’est son choix.
— Va te faire foutre ! Si t’es venu ici pour m’insulter, tu…
— Détends-toi ! me coupe-t-il. Si je suis là, c’est pour une raison qui ne m’enchante pas, mais je dois le faire si je veux revenir vivre ici. On va bientôt se côtoyer jour et… hummm… nuit.
Il mord sa lèvre avec amusement et poursuit :
— Alors, voilà, je t’offre mes excuses et des explications. D’abord, dans la ruelle, c’était juste pour me divertir. J’adore quand t’es effrayée. T’es plus terrifiée par moi que par Jaylen… et ça… ça gonfle mon ego, ça me procure de la puissance. Ça me donne envie de jouer avec toi. La vérité, tu peux l’entendre : je te déteste parce que t’es l’intruse dans ma famille et tu es celle qui contribue à la destruction de la réputation des Jann. Comprends-moi, à mes yeux, tu ne représentes rien du tout, et du jour au lendemain, faut que je vive avec toi... Depuis quand les prédateurs cohabitent-ils avec leurs proies ? J’arrive pas trop à l’intégrer dans ma tête. J’ai pigé… t’es le jouet de Jaylen. Mais un jour ou l’autre, il se débarrassera de toi et s’intéressera à une autre nana. Il fait toujours ça.
Je l’ignore, sinon je vais m’énerver.
— Tu sais que…
Il marque une pause avant de poursuivre :
— Quand j’ai payé le type pour te traquer, il m’a avoué qu’il ne t’aurait pas tuée. Je crois qu’il a un faible pour toi… Décidément, tu fais craquer les tueurs en série. Sinon… tu crois qu’il pourrait te plaire ? Zachary est élégant, toujours soigné, protecteur; il prône la fidélité, il est attentionné et c’est quelqu’un de calme. Sa quête est de trouver l’amour.
Je rêve ou l’on dirait qu’il préfèrerait me voir dans les bras de Zach plutôt qu’avec son frère… ?
— J’ignore où tu veux en venir, mais dans la ruelle, tu m’as chuchoté à l’oreille que le seul mec aussi dangereux que Jaylen se trouvait à côté de moi.
Il esquisse un sourire.
— Qui sait, je parlais peut-être de moi…
— T’essaierais pas de me caser avec ton… pote ?
— T’en penses quoi ?
Soudain, je m’esclaffe, amusée par ses propos fantasmagoriques.
— Je vais faire comme si je n’avais rien entendu.
Jonas examine mes dessins, me montre un portrait.
— C’est qui ?
— Remington Leith…
— Ton ex était un gothique ?
— C’est pas mon ex, mais un chanteur. Tu veux bien arrêter de fouiller mes affaires ?
J’essaie à nouveau de m’en emparer, tout en drapant ma nudité.
— Mais attends, laisse-moi regarder ! Ils sont bien.
Je me fige. Ai-je entendu un compliment sortir de sa bouche ?!
— T’as dit quoi ?
— On voit que t’as du talent. Ah ! C’est moi, ça ?
Jonas tourne le carnet et me désigne l’illustration que j’ai faite des frères Jann avec le sang.
— Je suis plutôt beau gosse, mais légèrement plus découpé.
Jonas se lève et j’en profite pour récupérer mon carnet sur le lit. Seulement, en relevant les yeux, je le surprends en train de retirer son sweat pour exhiber son corps développé, espérant sans doute que ça m’inspire la prochaine fois pour mes dessins. Il n’est pas tout en muscles comme celui de Jaylen, assurément, mais tout de même très ciselé. Il me tend son vêtement.
— Tiens, zmeya. Enfile ça.
— Ne m’appelle pas comme ça ! Et jamais je vais mettre ça ! La dernière fois que Jaylen a humé l’odeur d’un homme sur moi, j’ai fini attachée au lit.
— Hum…, sourit-il sournoisement. T’as pas vraiment d’autres options. J’ai regardé dans la commode où étaient tes vêtements pour trouver tes petites culottes et j’ai découvert qu’elle était vide. Tout doit être au lavage. Donc, enfile mon sweat et lève-toi. Beverly est ici…
Je me redresse dans le lit, tirant le drap.
— Tu déconnes, arrête !
— Nan… Je devais récupérer ma Jeep à l’aube, en réparation au garage, et ta copine était à la station-service juste à côté. Elle m’a reconnu ; elle m’a déjà surpris dans le manoir du maire à te câliner, tu te souviens ? Ton amie m’a demandé des nouvelles de toi, elle semblait un peu désemparée. Je lui ai avoué que je savais où tu étais et je l’ai invitée à venir te voir. Je me suis dit que si je te ramenais Beverly, tu considérerais ça comme une bonne action de ma part, pour enterrer la hache de guerre.
J’attrape le sweat et enfouis ma tête dans l’encolure. Le vêtement est assez grand pour cacher mes fesses en s’arrêtant au niveau de mes genoux une fois que je sors du lit.
Sur pied, une douleur s’étend entre mes jambes et la semence de Jaylen coule hors de mon vagin.
Je marche avec difficulté jusqu’à la salle de bain où je prends une serviette pour la mouiller à l’eau fraîche et viens nettoyer ma zone sensible et souillée. Un peu de sang tache le linge.
Je sursaute quand Jonas apparaît dans l’encadrement.
— Laisse-moi !
Il me montre un couteau tout en demandant :
— Mon frère faisait quoi avec ça ?
Jonas manipule le manche qui se trouvait entre mes cuisses la veille et je m’empourpre. Mal à l’aise, j’ai envie de disparaître sous le plancher. Je le lui enlève aussitôt des mains et le jette dans la vasque.
— Touche pas à ce truc ! Et sors d’ici !
Je le pousse au niveau du torse, mais il ne bouge pas d’un centimètre. Il remarque la serviette dans ma main avec quelques fines taches de sang et décide de sentir ses doigts.
— Attends, Engy… Jay t’a masturbée avec un couteau ?
Je jette ma serviette dans le lavabo et le contourne. Je descends prestement l’escalier pour aller voir Beverly et ignorer ce sale con au plus vite.
Arrivée sur la dernière marche, je suis confrontée à Beverly qui se lève du canapé en refermant son rouge à lèvres. Ses yeux me contemplent et son expression semble inquiète.
— Mais t’étais où, toi ?! me reproche Bev.