Tome 2 : Chapitre 14 (Engy) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Je bats doucement des paupières, essayant de reprendre mes esprits. J’ai du mal à voir, car ma vue est brouillée. Ça ressemble à l’intérieur d’une grange…
…
…
L’intérieur d’une grange à l’envers.
Soudain, une quantité de sang comprime ma tête, suivie d’un pouls qui martèle mes tempes et mes carotides. La pression de mes organes contre mes poumons m’empêche de bien respirer. Peu à peu, je remue les doigts et essaie de faire pareil avec mes membres inférieurs. Je n’y arrive pas. Il y a un engourdissement à cause du sédatif et je suis entravée par des cordes qui ligotent mes mains et mes jambes. Mon corps, que je sens entièrement nu, est suspendu dans le vide, la tête à l’envers…
Je m’efforce de ne plus bouger pour ne pas amplifier la douleur. J’inspecte les lieux alors que ma vue s’éclaircit. Il y a un établi bien rempli d’articles douteux comme des clous, des perceuses, des seaux, des tubes en plastique transparent et des gants de latex. Même le mur met à disposition des trucs tels que des cordes, des barbelés, des bâillons à boule style BDSM, mais en fer avec des pics pour de la torture. Il y a diverses cravaches. Ce qui attire encore plus mon attention, ce sont les structures vissées aux murs pour ligoter une personne dans des positions pas naturelles. Il y a un module en fer forgé fait à la main et personnalisé dans le but d’y placer une victime. J’ignore comment ils s’y prennent, mais je me doute que c’est sordide. Dans le sol, je vois des barreaux en fer. On dirait une cage dans le plancher. À l’intérieur se trouve Bev, recroquevillée et dévêtue. Son corps est marbré par le froid. Je ne sais pas si elle est blessée ; je ne vois que son dos et ses fesses.
J’arrive à sentir la température glaciale qui traverse les murs décrépis de la grange qui tombe en ruine. L’homme qui nous a enlevées apparaît dans mon champ de vision en retirant son manteau pour prendre ses aises. Il s’approche en allumant son briquet pour fumer son cigare, puis déclare :
— Mesdemoiselles, je crois qu’il est temps de faire les présentations officielles, non ?
Un garde entre et balance un seau d’eau à Beverly à travers les barreaux du plancher, sans doute pour vérifier si elle est éveillée.
Je sursaute. Je viens de sentir qu’il y a un garde dissimulé derrière moi. Il tire sur une corde, ce qui fait basculer mes jambes de sorte que je ne me trouve plus la tête à l’envers.
Le soulagement est immédiat.
Ma respiration se porte mieux, ma vision est meilleure et le sang qui stagnait circule enfin.
Je vois qu’il maîtrise le bondage depuis longtemps : chaque passage de la corde autour du galbe de mes formes est presque de l’art. Laissant un sillon autour de mes seins, les liens soutiennent mon buste et équilibrent le poids quand je suis à l’envers. Ils serpentent sur mes jambes pour avoir une prise ferme, sans étrangler les artères. Ces sales pervers dégueulasses veulent jouer avec nos corps.
Je suis un peu étourdie, mais j’observe Bev qui s’assoit dans sa cage, les cheveux mouillés, et les mains qui cherchent à cacher les parties de son corps. Elle replie ses genoux et sanglote.
— Je m’appelle Navid. Je suis lié au réseau du Red. Mais j’ai mon propre business et ce ranch m’appartient. Comme vous l’avez constaté, il se passe beaucoup de choses. J’enlève de belles filles et les arrache à leur vie pour les forcer à la prostitution.
Il se pavane devant moi, comme un professeur qui commence un cours d’instruction important. Il est fier et son sourire satisfait me donne envie de lui gerber à la gueule.
— Mes clients ont souvent des demandes particulières. Par exemple, si l’un d’eux désire une jeune fille de treize ans encore vierge, il allonge les billets et mes hommes et moi, on part à la chasse. On trouve ce qu’il réclame, et il vient ici se faire plaisir. Un autre souhaite un garçon de neuf ans, on kidnappe un gosse parfait dans un autre état et on l’amène ici. Beaucoup de nos activités se produisent sur le dark Web. On filme les abus et des gens paient des fortunes pour visionner nos vidéos amateurs. Néanmoins…, les choses se passaient relativement bien jusqu’à ce que tu sois ciblée, Engy… et que notre tentative d’enlèvement sur toi échoue lamentablement, à cause de Jaylen. J’ai perdu mon bras droit, Kyle. C’était notre business, ce ranch. Il était comme un frère, un pilier. Jaylen m’a pris Kyle, alors je lui dérobe la fille. Toi. T’es à moi. Je te réserve un traitement particulier : je te promets qu’à l’aube, tu seras sous terre. T’es ma vengeance personnelle. Pour ce qui est de ta copine, elle reste avec nous… elle appartient au ranch désormais.
« Je te promets qu’à l’aube, tu seras sous terre. »
Ces mots font naître en moi une peur viscérale qui me paralyse le corps.
J’évite de protester, de montrer mes émotions, pour ne pas lui offrir la satisfaction de m’apercevoir trembler pour lui. À voir tous ses jouets et le bordel qu’il gère, il prend son pied à salir ses esclaves. Son fantasme pervers ne doit pas m’atteindre. Si je lâche mon bouclier, je vais m’effondrer en larmes et je me présenterai à ses yeux comme une victime. Si je reste stoïque, il n’arrivera pas à me considérer comme un jouet.
Il s’approche de la cage où se trouve Beverly, fléchit les genoux et scrute son état. Il fait tomber un peu de cendre de son cigare sur elle et mon amie relève la tête pour le mitrailler du regard.
— Maintenant que j’ai ton attention, sache qu’à présent, tu es Lola, tu vas servir le réseau et alimenter plein de vidéos sur mon site Web. Les règles sont simples : à partir de maintenant, tu m’appelles « maître ». Je décide de ce que tu manges, de ce que tu bois, de ce que tu portes pour les clients, de combien d’hommes s’occupent de toi, et surtout, quels sévices tu obtiens si tu désobéis. T’as pas le droit de l’ouvrir. Désormais, t’as plus de voix. Aucun mot ne doit sortir de ta bouche. T’as la permission de crier autant que tu veux, par contre. Mes clients adorent quand leur victime les supplie et pleure. Pour savoir à quel type de client ou de catégorie de vidéos tu appartiens, je dois tester ton caractère, ton endurance, ta soumission. En gros, si t’es docile, tu seras logée dans la maison, dans une chambre, et peut-être nourrie convenablement ; tout dépendra de l’argent que tu me rapporteras. T’auras droit, à l’occasion, à des douches chaudes, et tes clients seront relativement doux avec toi en personne, et les demandes des voyeurs sur le Web seront moins exigeantes. En revanche, si tu es insoumise, tu seras ici, dans la grange, avec mes clients les plus pervers et les plus violents. Tu dormiras dans cette cage et tu mangeras dans un bol, comme une chienne sauvage. Un des péchés mignons des voyeurs en ligne consiste à regarder lorsqu’un garde enfonce un entonnoir rempli du sperme de plusieurs hommes pour gaver une fille. Tu sais, dans la grange… tous les jeux et fétichismes sadiques leur sont permis. Il y a aussi des gang bang, du bondage, de l’uro, de la scato, de la strangulation et j’en passe. La liste est sans fin. On a même des chiens dans un enclos à l’arrière pour les adeptes de zoophilie. La seule limite, c’est qu’on ne tue pas. Ça va de soi ; ça reste des sévices sexuels.
S’ils ne tuent pas, pourquoi il m’a dit que je serais sous terre ?!
Navid m’observe et maintenant, il se rapproche de moi. Je lui souris, mais ça n’évoque en rien de l’amusement ; je dégage une haine brutale.
— C’est fascinant ce que Jaylen est arrivé à faire avec toi. Jamais une fille qui se retrouve dans une telle situation, sur mes terres, ne garde son sang-froid comme toi… Un sourire, pas de larmes, pas de cris… Tu joues les dures ? L’es-tu vraiment ?
Je ne réponds pas.
Il ricane en mordant son cigare, puis m’examine. Il mate les cordes qui écrasent les contours de ma poitrine, la rendant plus proéminente. Il retire son cigare, souffle la fumée sur mon visage avant de lâcher d’une voix veloutée :
— Ça m’intrigue de voir à quel point t’es imperturbable… Pour le découvrir, j’ai envie de faire un jeu. Si pendant tout le processus de soumission de ta copine, tu ne réagis pas, je vais cesser les sévices. Elle ira dans une chambre pour se reposer au chaud. En revanche… si tu laisses échapper un seul mot, une larme ou si tu interviens d’une quelconque façon, j’ajouterai un joueur de plus qui la torturera.
Je ne réagis toujours pas.
— Des questions avant qu’on commence ?
J’ai effectivement quelque chose à dire et je ne le retiens pas :
— Un jour viendra où vous paierez pour ce que vous faites.
Il pouffe et c’est d’une voix théâtrale, avec des gestes comme s’il se prenait pour Dieu ou un bourreau, qu’il clame fort :
— Ma beauté ! Quand t’as les flics dans la poche ; le maire, des politiciens, des criminels redoutables et des juges comme clients, c’est impossible de se débarrasser de moi ! Il faudrait un miracle ! J’offre les fantasmes les plus sombres de l’humanité, ceux dont on ne peut jouir à cause des lois et de la société ! Mon ranch est un repère de vices… et tant que des hommes importants consommeront la traite humaine, il y en aura ! Me faire tomber n’éliminera pas la nature de mes clients ! Ils trouveront ailleurs ! Ils agresseront leurs petits-enfants, le bébé d’un collègue. Ils iront toujours sur le dark Web, paieront pour regarder en direct de vraies scènes de viol et de tortures sexuelles ! L’accès aux fantasmes subsistera !
Il continue d’avoir un sourire béat, comme si son discours était la vérité divine. Il s’abreuve de ses paroles. Puis il se calme un peu en prenant une taffe de son cigare et murmure cette fois :
— Mon trésor, je ne suis pas le monstre, je suis celui qui nourrit les monstres…
Un frisson déroutant me traverse l’échine.
Navid met son pouce et son index dans sa bouche pour siffler bruyamment, ce qui attire un garde. Il entre dans la grange, obéissant à son chef, sa mitraillette contre l’épaule.
— Engy, je te présente Saunders…