Tome 2 : Chapitre 16 (Engy) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Plus personne ne filme Bev et les deux gardes ont remis leur combinaison et enlevé la camisole de force à mon amie qui ne cessait de se débattre et de hurler. Pour la maîtriser et éviter ses cris hystériques, Saunders l’a piquée à nouveau pour ensuite la jeter dans sa cage. Elle est dans un sale état et je pensais qu’ils allaient la laisser tranquille, mais le chef demande à l’un de ses hommes d’aller chercher un tuyau d’arrosage à l’extérieur. Je crois qu’ils vont la laver avec le jet d’eau pendant qu’elle est inconsciente.
Quand le garde revient avec un tuyau duquel de l’eau s’écoule à l’extrémité, Navid se tourne vers moi et mord son cigare en me gratifiant d’un immense sourire fébrile.
Quoi ?
Qu’est-ce qu’il essaie de me faire comprendre ? Les deux gardes et Navid s’approchent. L’expression sur mon visage se désagrège. Mon corps se tend.
Ce tuyau est pour moi ?
C’est à sa posture intimidante et baraquée que je reconnais qui est Saunders. Je constate qu’il vient se placer derrière moi. L’observer est terrifiant, mais ne plus le voir sans savoir ce qu’il va faire est encore plus troublant. L’autre garde reste au côté de son chef dressé devant moi.
— Qu’est-ce que tu vas me faire ? demandé-je à Navid, tout en essayant de garder mon sang-froid.
Je fixe ce salaud, attendant sa réponse.
Ma respiration devient difficile. Son regard m’oppresse. Navid explique :
— Trésor, tu connais Jonas, le frangin cinglé de Jaylen ?
Je ne réponds pas. Pourquoi j’ai l’impression que chaque fois qu’il m’arrive un truc, le nom de Jonas surgit de quelque part ? Comme s’il était dans l’ombre de tous mes malheurs.
— Tu savais qu’il passe souvent ici ? Qu’il veut une place dans mes rangs ? En étant membre, il pourrait profiter de tous les plaisirs que la grange offre. Il aurait accès aux filles pour assouvir son besoin de domination, son côté voyeur et ses pulsions sadiques. Sauf que Jaylen l’empêche de se joindre à mon réseau de prostitution. On a beaucoup échangé, lui et moi… Et là où je veux en venir, c’est qu’un soir, alors qu’on prenait une bière ensemble, il m’a raconté avoir observé Jaylen en pleine séance de torture sur une fille, bien avant de te connaître. Tu sais ce qu’il a vu ? Ce que ton mec faisait à cette jeune femme ?
Navid asperge mes cuisses dénudées et l’eau glaciale me fait aussitôt réagir. J’émets un couinement pour ensuite serrer les poings. Tout mon corps est raide. Je claque des dents en ressentant le froid comme s’il me dévorait la chair.
— Il s’agissait d’une nana d’un de ses contrats. Ça se passait dans son garage. Il tenait, comme moi, un tuyau d’arrosage. Et la fille était exactement dans la même posture que toi : complètement nue, les mains ligotées. Seulement, Jonas a décrit qu’elle avait une corde autour du cou pour éviter qu’elle bascule la tête dans tous les sens sous peine de s’étrangler. Et ses jambes étaient écartées, ses chevilles sanglées à des ancrages au sol.
Un frisson déroutant me donne la chair de poule et fait durcir mes tétons. Je ne veux pas entendre ça. Il fabule. Si ça vient de Jonas, ce sont forcément des conneries.
— Jaylen aurait enfoncé le tuyau dans la bouche de la demoiselle, la gavant d’eau jusqu’à voir son ventre se gonfler, puis il arrêtait tout pour la laisser vomir. Ensuite… il recommençait. L’agonie aurait duré trois heures. Selon Jonas, qui espionnait la scène à travers le store brisé de la porte, sa méthode était maîtrisée avec soin. Jaylen stoppait ses actes avant que la fille se noie. Au bout de ces trois heures de souffrance, la pression à l’estomac l’a fait éclater. Une mare de sang est remontée dans son œsophage et s’est déversée de sa bouche, coulant sur son menton, ses seins, son ventre… Ç’a tellement excité ton mec qu’il a utilisé l’hémoglobine de l’organe interne qui fuitait par la gorge de sa victime pour se masturber. Il a attendu qu’elle soit morte pour baiser son cadavre. Apparemment, il était en euphorie totale.
Ce qu’il dit semble réel… puisque quand il voit du sang, Jaylen réagit soit par psychose, soit par pulsion. Il me l’a déjà avoué.
Quand Navid remarque que je cogite et que j’ai le regard perdu, il m’arrose à nouveau, mais cette fois, le jet éclabousse ma poitrine et le froid me saisit, me coupant même la respiration.
— Alors, mon trésor, voilà ce qui va se passer et ce que je vais te faire. Je vais utiliser une des pratiques de Jaylen… sur toi. On fera ça toute la nuit. Ensuite, à l’aube, tu seras enterrée. Jaylen sera au courant, bien sûr, mais selon le code, il va devoir s’y faire. Tu devras souffrir et mourir pour que j’obtienne ma vengeance.
Navid se rapproche et l’odeur de cigare empeste. Son souffle effleure mon oreille :
— J’aimerais raconter à Jaylen ce que je vais te faire. Oui, il serait sans doute fou de rage, mais imagine qu’étonnamment, ça le fasse aussi bander… L’acte en lui-même reste un de ses fantasmes et une de ses pratiques. Je ne crois pas qu’il t’aime. J’ai pensé à faire tuer son frère, Joshua, sans me salir les mains, pour me venger. Mais ensuite, je me suis dit que jouer avec toi serait plus marrant, j’en tire, moi aussi, une satisfaction.
À partir de là, difficile de cacher l’effet que ça me procure. Je tremble, mes prunelles laissent paraître ma terreur. J’ai beaucoup de mal à respirer. Le fait d’évoquer Jaylen, d’aborder ses déviances et un de ses procédés, me fait flipper. Je ne vais pas juste le vivre, je vais assurément en mourir… Honnêtement, je m’attendais à être violée et agressée comme Beverly. Je m’étais un peu préparée, presque conditionnée à ces abus, essayant de déconnecter mon corps de mon esprit. Sauf que là, il me parle de l’homme que j’aime, et je vais subir une de ses tortures ; ça me trouble.
Navid voit qu’il a touché une corde sensible. Saunders derrière moi saisit une poignée de mes cheveux, basculant ma tête vers l’arrière. Un jet d’eau contre ma jambe me gèle aussitôt.
D’emblée, je me débats, même si c’est peine perdue, car mes contentions sont trop serrées.
— Ne me touchez pas ! hurlé-je aux trois hommes qui m’entourent.
Il fait couler l’eau sur ma poitrine, et mon souffle se bloque à nouveau. Je ne peux pas lutter contre le froid qui dévore ma chair. Alors que Saunders tire mes cheveux pour que je remue le moins possible, l’autre garde attrape ma mâchoire pour la forcer à s’ouvrir. Je refuse, tout en me débattant pour la garder fermée de toutes mes forces. J’ai envie d’éclater en sanglots. Je me retiens, si bien que tout mon corps tremble violemment et la rage me consume.
Le garde pince mon nez, sachant que quand je vais manquer d’oxygène, j’ouvrirai la bouche. Les secondes passent… encore et encore… Je résiste. Mais au moment où je sens que je vais m’évanouir, mon réflexe d’inspiration se manifeste et je leur offre exactement ce qu’ils attendaient de moi : je prends une bouffée d’air. Navid fait éclabousser l’eau sur moi avant d’enfoncer le tuyau d’arrosage dans ma bouche.
L’eau est si glaciale qu’on dirait qu’elle me brûle la peau du corps et du visage, me laissant frigorifiée. J’en avale une grande quantité avant que ma gorge se contracte et empêche l’accès. L’eau jaillit de partout et asperge même Navid.
Il retire l’engin et c’est en manque d’oxygène que j’inspire et expire brutalement.
Dans ma tête, une image apparaît : celle où Navid se transforme en Jaylen. J’imagine que c’est lui qui me torture et que ça l’excite. Quel cauchemar ! C’est comme prendre conscience de la folie que j’ai, d’aimer un mec pareil ! C’est pour ça qu’il ne pratique pas ses plus sombres fantasmes avec moi, sachant que je n’y survivrais pas.
Navid recommence.
Je m’étouffe.
L’eau déborde de tous les côtés et par mon nez. Puis il arrête, voulant que je reste lucide. Navid poursuit son geste en enfonçant le tuyau, me gavant d’eau, encore et encore. Je la sens descendre en une violente cascade dans ma trachée et parcourir mon système digestif. La chute brutale provoque un réflexe immédiat : je vomis.
Navid est contraint de retirer le tuyau ; l’eau qui remonte de mon ventre est expulsée sur lui.
Je tousse. Je m’étouffe. Mon abdomen est pris de violents soubresauts, me forçant à me vider les tripes. Le réflexe est si puissant que ça me fait mal. Je pousse plusieurs lamentations de souffrance en tremblant. Un filet de bave reste pendu au bord de mes lèvres. Je renifle avec douleur.
Je n’ai pas le temps de récupérer totalement mon oxygène que le tuyau se retrouve à nouveau dans ma bouche. Le manque d’air engourdit mon corps, fait chuter ma pression artérielle et me laisse un mal d’estomac intense. Ma vision devient floue. Les sons s’éloignent. Mes cheveux sont trempés et le froid, à lui seul, va me plonger en hypothermie.
Mes dents claquent contre le tuyau. Chaque fois que je vomis, l’eau retombe si brutalement dans ma gorge que je m’étouffe.
J’ai besoin d’oxygène. Je dois respirer.
J’agonise !
Je m’agite, tire sur mes liens, tends ma tête le plus loin possible vers l’arrière. Je manque tellement d’air que je ne peux émettre de supplications.
Je sens que je pars doucement. Ma tête s’alourdit, mon corps perd du tonus, mes fonctions neurologiques s’affaiblissent. Je suis en train de m’évanouir.
À ce moment, Navid marque une pause.
Même si je n’ai plus le tuyau dans la bouche, mes poumons n’ont pas la force d’inspirer normalement. J’ai une sorte de réaction, comme si j’avais le hoquet. Mon ventre se contracte, signe que je frôle la noyade.
Puis mes voies respiratoires expulsent une quantité d’eau hors de ma trachée, suivie d’une quinte de toux.
— Waouh… T’es coriace… jubile Navid.
— Je vous… en prie… arrêtez… supplié-je les trois hommes d’une voix enrouée.
Je me sens livide, mal, étourdie. Saunders ne me tient plus et je peine à relever la tête tellement elle oscille. Je la laisse donc tomber vers l’arrière et tousse à nouveau.
— J’ai pas compris ? Ah ! T’as dit que tu en veux encore ! On ne fait que commencer, t’inquiète, on s’occupe de toi toute la nuit !
— Pourquoi vous ne me tuez pas tout de suite ? imploré-je.
— Te tuer ? On a des têtes de meurtriers ?
Ils s’esclaffent à l’unisson. Je ne comprends pas.
— Ah ! Parce que j’ai dit qu’à l’aube tu serais sous terre ? C’est le cas, mais ce ne sera pas moi qui vais te tuer. Même chose que si j’avais fait éliminer Joshua à ta place. Ce n’est pas mon truc, les meurtres. Moi, mes doigts préfèrent les petites chattes remplies de souillure et non de sang, comme ton mec.
Navid recommence ses sévices, arrosant mon visage. Le liquide pénètre mon nez et brûle mes sinus. Refusant d’ouvrir la bouche, je sens une décharge électrique contre ma fesse de la part de Saunders.
Je ne peux pas émettre de hurlement, car le liquide est aspiré dans ma gorge.
Saunders appuie encore son pistolet électrique, cette fois dans le creux de mon dos, et je tressaute. La douleur irradie dans mon système nerveux, mes veines et mes os. Je ne leur offrirai pas mes larmes
Je résiste.
Je lutte.
Navid remet le tuyau dans ma bouche alors que mon corps est léthargique, n’ayant presque plus de force pour supporter la torture. Mon agresseur fait d’étranges mouvements de va-et-vient avec le tuyau, comme si c’était une fellation. Il rigole pendant que je m’étouffe et que l’eau me sort par le nez. Je n’en peux plus.
L’arme de Saunders, derrière moi, effleure ma cuisse et sous la douleur, je plisse les paupières et convulse. Une fois de plus, je frôle la perte de conscience. J’abandonne toutes mes résistances et ma tête retombe vers l’arrière. Les battements de mon cœur ralentissent. Je les entends dans mes tympans. L’adrénaline s’épuise. Mon corps n’en produit plus. Navid me laisse tranquille, le temps que je reprenne mes esprits pour pouvoir recommencer. Mais je ne réagis plus…
Les sons me paraissent loin, ma vision est troublée. Mais l’atmosphère change. Je distingue parfaitement quelque chose : les gardes s’agitent. Saunders s’éloigne de moi d’un pas rapide, et Navid a jeté le tuyau par terre.
C’est la tête lourde, le corps mouillé et gelé, la respiration entrecoupée et faible, que je parviens à voir ce qui se passe…
La porte de la cage de Bev est ouverte.
Elle n’y est plus.
Oh, bon sang…
Elle a réussi à s’échapper !
Un garde a oublié de fermer le loquet pour qu’elle ne se sauve pas ? Le sédatif n’a pas fait effet ? Peu importe comment elle y est arrivée, personne ne l’a vue filer alors que les hommes étaient occupés avec moi. J’ai envie de pleurer de soulagement.
— Rattrapez-la ! beugle Navid en courant vers la sortie. Rattrapez la fille, putain !
J’ai envie de crier : « Cours, Bev ! Enfuis-toi ! Trouve de l’aide ! »