Tome 2 : Chapitre 24 (Jaylen) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
En sortant de la pièce, tenant la tête par ses cheveux, je longe un couloir à la recherche d’un bruit qui ressemble à quelqu’un qui tousse.
Une pièce avec un peu de lumière sous la porte attire mon attention. En donnant un coup de botte, je découvre, non pas un, mais quatre mômes. Leurs grands yeux me contemplent, ce qui refroidit mes ardeurs. Je laisse tomber la tête humaine qui ne passe pas inaperçue, tout comme le fait que je suis couvert de sang. Les enfants s’agitent et pleurent, comme s’ils venaient d’apercevoir le croque-mitaine.
Il y a trois garçons en boxer, un d’à peine deux ans… et les deux autres, environ cinq ans. La petite fille doit avoir sept ou huit ans ; elle porte une robe blanche déchirée et tachée de sang. Ses jambes affichent des ecchymoses et des plaies. Dans ses bras repose une poupée hideuse. Les gamins sont tous attachés avec de la corde.
La scène me prend par surprise ; je pensais que ce serait Joshua qui les trouverait dans un lieu plus secret qu’une simple chambre. À notre arrivée aux États-Unis, on avait accepté de se lier au réseau à une seule condition : qu’il n’y ait pas de trafic d’enfants. Navid a assuré à Thompson qu’il avait remédié à ça. Qu’il n’y avait plus d’enfants… C’est clairement faux.
Mon regard dévie vers le coin du mur en haut : une télévision passe des images explicites. Pas n’importe lesquelles… Il s’agit de Navid… complètement nu, assis à la table de cuisine, avec un petit garçon en dessous. Tel un bourreau, il explique à tous les mômes du ranch comment obtenir des vivres à travers un jeu amusant.
Tout est enregistré pour conditionner les gosses à être des esclaves sexuels. Ça se passe sous mes yeux : l’enfant tripote Navid pendant qu’il mange un repas et qu’il filme sous la table, son érection et l’enfant qui le touche. Le temps s’écoule et j’ai l’impression que ce n’est pas réel… Ça ne se peut pas. J’ai envie de fracasser cette télé. Navid finit par éjaculer en poussant une succession de gémissements dégoûtants, prenant soin d’enregistrer le sperme qui sort. Il explique, avec le sourire, que le liquide est la récompense de l’enfant, car en échange il obtient à boire ou à manger, comme une boîte de céréales avec des marshmallows en arc-en-ciel.
La vidéo suivante présente exactement la même horreur, mais cette fois dans une autre pièce avec une autre victime.
Ces images pédopornographiques et ces enfants devant moi me provoquent un malaise. Un choc que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. Je m’écarte de la chambre et m’étouffe dans une quinte de toux, comme si j’allais gerber d’une minute à l’autre. La pression monte, une sueur froide recouvre entièrement ma peau. Je manque d’air. J’ai le vertige et je dois m’appuyer contre le mur pour m’y adosser un instant. J’ai vu bien des obscénités et des déviances dans ma vie, mais la pédophilie, c’est inconcevable pour moi. Je vois tout noir. C’est une limite humainement infranchissable. Ce que je viens de découvrir trouble mon état d’esprit. Je ne peux pas affirmer que je ressens de l’empathie ou de la peine, car je ne sais pas exactement comment cela se manifeste. J’ai été formé par mon père pour ne pas éprouver de faiblesse et pour étouffer toutes mes émotions, toutes sauf la colère. C’est pour ça qu’aimer Engy ne se reflète qu’avec de la possessivité, de la domination et de la colère, parce que ce sont les seuls sentiments que je connais et qui me sont permis de ressentir.
Je me ressaisis en essayant de tempérer le rythme de ma respiration. Puis, quand je suis prêt, je me lève.
Je tousse à nouveau alors qu’une douleur dans le ventre me tord les entrailles, mais j’en fais abstraction parce que je dois mettre un terme à cette abomination au plus vite.
En entrant dans la chambre, je sors mon arme devant les enfants qui pleurent, les prenant en joue, et tente de choisir qui va mourir en premier. Je vise le petit garçon qui se montre le plus effrayé. Pour abréger ses souffrances, j’appuie sur la détente.
Mais j’appuie si vite que l’arme s’enraye.
Joshua surgit dans la pièce, frappe mon bras pour faire tomber le gun et me pousse contre le mur.
— PAS les enfants !
Il me fusille avec une telle rage, alors que moi, j’ai le regard vide et fixe. J’essaie de lui expliquer :
— Après ce qu’ils ont vu et subi, ils ne pourront jamais avoir une vie normale, Josh. Ouvre les yeux, putain ! Regarde-les ! En les tuant, je leur évite une vie remplie de troubles psychiatriques, de terreurs nocturnes, de phobies. Ils ont aussi vu nos visages. Tu crois que les rendre à leur famille, c’est…
— Tu touches… à un seul d’entre eux et…
— Et tu vas faire quoi ? M’enfoncer un des sédatifs que tu gardes sur toi ? Ouais, tu croyais que je l’ignorais ?
Agrippant mon col, Josh continue de me maintenir au pied du mur, usant de toute la force qu’il possède. Il arrive même à me surprendre.
La seule chose qu’on entend en dehors des pleurs, c’est la foutue télévision et la voix perverse de Navid avec ses frémissements.
— On a un code d’honneur entre nous, Jay. Jamais tu ne déshonoreras la seule valeur qu’il nous reste. Je ne le permettrai pas.
Je vois rarement Josh s’énerver, mais il a des principes coulés dans le béton et jamais il ne défaille ou laisse l’un de nous basculer en dehors de nos limites. C’est tout à son honneur ; mais fait-il le bon choix ?
— Alors, toi qui crois en la beauté humaine, même quand il n’y a plus d’espoir, comment comptes-tu ramener ces gosses dans leur famille ?
— Je m’en occupe. Toi, termine ce que tu as à faire. Il n’y a plus personne. De toute façon, Navid a déserté ; ne nous éternisons pas.
Joshua me lâche et se positionne entre les mômes et moi, m’indiquant clairement de sortir d’ici.
Je lève les mains en guise de paix, rassurant mon frangin que je ne vais pas leur faire de mal. En partant vers la sortie, je récupère la tête décapitée sur mon chemin. Une fois dans le couloir, elle laisse une traînée de sang. Je fais confiance à mon frère. Il trouvera le moyen de sortir les enfants d’ici, de les protéger et de les rendre aux autorités compétentes. Tout ça, sans se faire arrêter.