Tome 2 : Chapitre 41 (Engy) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Un bidon d’essence ?!
Mon premier réflexe en voyant Navid est de bondir de ma chaise. Je dois l’empêcher de mettre le feu à la baraque avec les Jann à l’intérieur, alors je fonce vers la sortie !
Seulement, le garde balaise posté au salon, qui doit être Saunders, m’arrête avant que je franchisse le seuil de la porte. Ses mains entourent ma gorge et il me pousse contre le mur. Je tente de me dégager en frappant ses bras, mais il est bien plus fort que moi.
Malgré la panique et la colère qui me poussent à le rouer de coups et à m’agiter, je ferme les paupières pour entendre mes souvenirs, ceux où Jaylen m’apprend à me défendre. Ses mots ressurgissent d’un coup :
« Leçon numéro un : apprendre à te dégager quand on te prend à la gorge par surprise. Concentre-toi, Engy, au lieu de faire n’importe quoi ! En te comportant ainsi, tu gaspilles ton énergie. D’abord, repère un point faible et accessible. Évalue les forces. Des mains frêles contre un bras puissant, c’est une erreur ! »
J’ouvre les paupières et, d’emblée, j’arrête de frapper ses bras robustes pour m’attaquer à ses yeux, enfonçant le plus férocement possible mes pouces dedans, faisant couler le sang jusqu’à l’entendre hurler, puis je me libère en jurant. Deux autres gardes viennent en aide à leur acolyte pour prendre la relève, mais je profite de cet intermède pour filer dehors alors que j’entends la voix de Zach s’indigner contre moi.
Dévalant le terrain, sachant que la vie des frères Jann dépend de moi, je saute sur le dos de Navid avant qu’il entre dans le garage. Sa tête percute l’encadrement de la porte dans sa chute.
Je crois que je l’ai mis K.-O.
En me retournant, je vois trois gardes sortir. Je ne vais pas me cacher dans les bois, sinon je laisse les Jann à leur sort. Impossible de fuir. En un instant, je repère la Challenger un peu plus loin. Jaylen a laissé les clés dedans.
Je détale à toute vitesse vers celle-ci. Je ne ressens pas le froid, même si ma robe est trempée par la pluie. Je m’empresse d’ouvrir la portière et de me glisser derrière le volant tandis que les types cagoulés foncent dans ma direction. J’arrive à verrouiller la portière à la seconde où l’un d’eux agrippe la poignée. Un autre frappe sur le capot, le troisième fait le tour à l’arrière, croyant que m’encercler est la solution.
Mon cœur fait une tachycardie. Mon souffle est comprimé. Ma vision devient trouble tellement l’adrénaline est puissante.
Avec la clé dans le contact, je démarre le moteur. Les phares rouges s’allument sur le mec droit devant et Navid loin derrière qui se relève. La radio passe la chanson Du Hast, de Rammstein
.
Je surprends Zach sur le porche, une main dans la poche de son pantalon et l’autre qui jette sa clope dans l’herbe. Il m’observe avec une telle déception dans les yeux… Il n’a pas l’intention de venir me chercher. Il laisse ce boulot à ces types. Ses espoirs envers moi sont anéantis, je viens de signer mon arrêt de mort. Le garde à côté de moi frappe plusieurs fois contre la vitre neuve de la portière et je prie pour qu’elle ne cède pas. Jaylen l’a déjà éclatée une fois. Celui de derrière grimpe sur le coffre et je l’entends monter littéralement sur le toit du véhicule, sautant, essayant de renfoncer la tôle pour m’effrayer davantage.
Je peux lire toute la haine que Navid me porte en se rapprochant. J’appuie sur l’accélérateur, mais le véhicule n’avance pas. Ça fait sourire Navid qui continue à venir vers moi, voyant que je ne sais pas conduire une voiture. Je recommence encore et encore, faisant gronder le moteur de la Challenger. Je cherche dans la noirceur l’étape que j’ai loupée. Je ne vois rien, mis à part que c’est une transmission manuelle, que je ne connais pas vraiment. J’ai seulement vu Jaylen conduire. Sans le vouloir, j’actionne les essuie-glaces et ils s’activent.
— Allez ! Merde ! Tu vas avancer ! m’énervé-je.
J’enfonce le levier là où il s’ancre, provoquant des bruits qui m’indiquent que je n’ai pas trouvé le bon embrayage.
Navid tente de me dissuader en braquant son arme vers la vitre, espérant me faire changer d’idée.
Je passe enfin la première vitesse alors que j’ai les pieds au plancher, alternant entre l’accélérateur et la pédale d’embrayage. C’est avec les mains tremblantes sur le volant que je sens les pneus glisser dans l’herbe mouillée et la boue. Le bolide réagit violemment. Il décolle en trombe, faisant tomber le mec sur le dessus. Celui de devant s’écarte de justesse alors que Navid reste en place, tirant une balle qui ricoche contre le rétroviseur. Il n’a pas le temps de s’enlever de mon chemin que le pare-chocs lui rentre dedans. La Challenger chahute pendant que je lui passe sur le corps. Malgré la musique, j’entends les cris de Navid et les sons de tôle sous moi en le traînant dans la terre.
Une fois que je lui ai roulé dessus, je vois dans le miroir un garde récupérer l’arme de Navid dans l’herbe. Les deux autres mecs se jettent sur le véhicule, tentent d’ouvrir les portières, frappent contre les vitres. Mon attention est dirigée sur Navid qui tente de peine et de misère de se relever. Son crâne est en sang et il semble avoir un bras désarticulé.
J’embraye la marche arrière… Le garde armé, loin derrière moi, devine ma nouvelle manœuvre et n’hésite pas à tirer. Le projectile fait éclater le pare-brise arrière et j’ai le réflexe de me pencher, tout en mettant le pied au plancher pour faire reculer le bolide.
J’entends l’impact. Le coffre propulse le garde armé dans l’herbe, alors que Navid a moins de chance et passe sous les roues une fois de plus. La voiture reste coincée sur lui quelques secondes et, en faisant gronder le moteur, j’essaie de me dégager. Quand je réussis, je m’éloigne pour que les phares puissent me montrer l’état du proxénète pour lequel je n’ai aucune pitié.
Il ne bouge plus. J’attends, encore et encore… Puis sa jambe s’étire doucement. Il essaie de se relever, mais n’y arrive pas. Quand il tourne la tête vers moi, je découvre la peau de son visage arrachée, laissant des lambeaux de chair pendouiller au niveau de son front et dans ses cheveux. Même le garde assis par terre jure et pousse des plaintes de douleur pour sa jambe brisée. Il ne retrouvera pas son revolver dans la noirceur.
Zach est toujours campé sur le porche. Son regard sinistre m’interdit de tuer Navid et de choisir les Jann…
D’un air de défi, j’aligne les roues de la Challenger, ainsi ma trajectoire écrasera la tête de Navid. Je n’ai aucune hésitation face à mon geste et je suis tout à fait consciente que je m’apprête à tuer une personne. Non, pas une personne : un être ignoble. Il ne pourra plus jamais s’en prendre à nous ni faire de mal aux femmes ou aux enfants. Cette occasion ne se reproduira jamais. Je sais seulement que cette nuit, soit on meurt tous, soit je tente quelque chose.
J’enfonce une dernière fois la première vitesse, fais gronder une, puis deux fois le moteur. C’est le dernier son qu’il entendra… Ça, et celui de son agonie.
La Challenger fonce et lui passe sur le cou et la tête que je sens éclater comme une pastèque.
Le garde échoué un peu plus loin arrive à se relever pour s’enlever du chemin, mais il ne va pas s’en tirer… Je continue ma route vers la maison, dans sa direction, et le happe de plein fouet. Son corps frappe d’abord le pare-brise – laissant un amas de sang que les essuie-glaces nettoient – avant d’être projeté vers la maison où il trouve la mort sur les marches près de Zach.
Je coupe la radio, ne voulant plus entendre tout ce boucan. Seul le son des essuie-glaces est perceptible quand ils glissent sur le liquide ferreux.
Un frisson de dégoût me parcourt l’échine. Je crois voir un ongle encore attaché à un bout de chair coincée dans le pare-brise fissuré.
Les deux types cagoulés restants s’approchent du véhicule, avec plus de prudence étant donné le sort réservé à Navid et leur acolyte. L’un d’eux approche son visage de ma vitre et son souffle pantelant émet une buée dense quand il prononce :
— Allez, sors de là, sale pute.
Il joue avec la poignée, rêvant de pouvoir mettre la main sur moi. Le deuxième garde monte sur le coffre et donne plusieurs coups de botte pour décoller le pare-brise craqué par la balle, mais toujours en place. Il finit par y parvenir. Avant qu’il entre dans la voiture, j’essaie de faire avancer la Challenger, mais plus j’accélère, plus les roues s’enfoncent dans la boue.
Le mec se faufile sur la banquette arrière et plaque contre ma tempe le gun récupéré au sol.
— Ouvre, m’ordonne-t-il.
Voyant que je n’obéis pas, il crie :
— Ouvre cette putain de portière !
Je la déverrouille maladroitement et le mec dehors s’empresse d’ouvrir, de m’attraper et de me projeter contre l’herbe. Les deux hommes contre moi se font stopper par Zach qui descend lentement les marches du porche.
— Ç’aurait pu se passer autrement, Engy. Maintenant, je vais faire tout ce que je veux de toi, puis je te laisserai crever aux côtés de ces Jann que tu aimes tant.
Il m’agrippe par les cheveux, me forçant à me relever, et me tire à sa suite. Je remarque Navid qui gît au sol, salement amoché. Sa tête est enfoncée comme la carcasse d’un rat sur le bord de la route et des bouts de cervelle ont giclé dans l’herbe. Son corps est désarticulé, particulièrement son bras qui est replié vers l’arrière. Sous le porche, l’état du garde me saisit tout autant. Il a les yeux ouverts derrière sa cagoule, mais son regard est vide et son corps est inerte. On dirait un film d’horreur.
C’est moi qui ai fait ça ?!
Je ne suis pas dans le déni, je constate, je ressens et j’ai envie de hurler. Que tout prenne fin ! Qu’est-ce que je suis devenue ?! Je suis une tueuse maintenant ?! Et tout ça pour rien… Jaylen ne daigne plus me regarder, il pense que je l’ai trompé avec Zach, que je ne l’aime plus. Qu’est-ce qui va nous arriver maintenant ?