Tome 2 : Chapitre 6 (Engy) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Un éclair fait scintiller son regard obscur. Je peux presque sentir l’onde de choc qui lui transperce l’échine, lui laissant des frissons apparents près de la carotide. Mais il n’ose toujours pas agir. Je me dresse devant lui et ajoute d’un ton plus insistant et critique :
— Qu’est-ce que t’attends, Jaylen ?! Hein ?! Vas-y, attache-moi ! Je rêve chaque nuit que tu me fasses oublier Torenti, parce que c’est le dernier à m’avoir touchée, mais on dirait qu’à tes yeux, il m’a souillée ! Arrête de me voir comme une petite chose fragile ! Je ne suis pas brisée et j’ai pas besoin de temps ni de douceur ! T’as envie de me faire mal ? VAS-Y ! Je fantasme sur ta brutalité ! Tu sais pourquoi ? Pour ressentir quelque chose ! Mes foutues émotions sont paralysées excepté quand tu me touches ou que tu me terrifies ! J’adore l’adrénaline puissante que ça me procure ! Tu te souviens, c’est toi qui as modifié ma psyché ! Qui a associé toute situation de stress et de peur à quelque chose d’excitant. Alors, fais-moi goûter au plaisir à nouveau. Il n’y a que toi qui peut le faire. Fais-moi ressentir quelque chose… Jaylen, fais-moi TOUT ce que tu veux… et…
Ma voix tremble. Je n’ai pas le temps de reprendre mes mots ni mon souffle que Jaylen réagit à mes supplications. Il me pousse violemment contre le lit, pour ensuite se mettre au-dessus de moi, et c’est en retenant mes poignets qu’il plaque ses lèvres contre les miennes. Un grognement bestial vibre dans sa gorge.
Je sens son érection contre moi. Il est bandé depuis le début de notre dispute ?
Sa bouche trace un chemin contre ma mâchoire et mon cou. Un déferlement de sensations coule dans mes veines, provoquant une fièvre. Il stimule toutes mes zones érogènes. C’est comme si mon subconscient avait appris à être prêt à accueillir Jaylen en moi et à mouiller dès qu’il manifeste une pulsion. Ça se fait instantanément. Il lui suffit de me toucher pour que tout mon système nerveux s’active et que mon sexe se lubrifie.
Entre deux baisers, il me somme :
— Détache tes cheveux.
— T’aimes pas ?
— Au contraire, ça me fait bander chaque fois… En te voyant ainsi, ça libère ton magnifique et délicat cou. Et la seule chose qui m’obsède en te voyant comme ça, c’est de te prendre par la gorge et… vaut mieux éviter que j’aie une envie de t’étrangler quand je vais te baiser…
Jaylen s’écarte pendant que j’enlève mon élastique et il ouvre sa commode pour en ressortir des chaînes ainsi que de la corde. Le cœur battant, je l’observe revenir vers moi. Il s’empare d’une de mes mains qu’il vient entraver à l’un des montants du lit. J’examine avec attention sa manière de faire un nœud avec son procédé de trois tours. On dirait un nœud de pendu. Il exécute la même chose avec mon autre poignet, seulement, pour ce dernier, il serre bien fort. La douleur m’interpelle.
Jaylen prend le temps de se mettre au pied du lit et de me reluquer. Je n’arrive pas à sonder ses pensées. Puis il me retire mes Converse, mes chaussettes et mon jean mouillé par la pluie. Il ne me reste qu’une culotte, mon soutien-gorge et mon débardeur. La gêne me fige. Je me contente de fixer le plafond, comme si je craignais ce qu’il pouvait me faire, alors que j’ai réclamé son toucher. C’est moi qui lui ai donné le droit de m’attacher et de me faire ce qu’il voulait.
Il n’utilise pas de corde pour mes pieds, mais les chaînes. Les cuisses écartées, je me retrouve rapidement avec les deux chevilles attachées aux montants. Ce sentiment d’impuissance, couchée en étoile sur son matelas, sans possibilité de bouger ni de partir, est flippant. J’ai peur, mais en même temps l’appréhension m’excite. En me voyant à sa merci, son regard change. Il dérive vers la perversité, mais je n’ai pas accès à ses pensées, aux actes qu’il a envie de me faire.
Sa posture devient rigide, les veines de ses mains plus proéminentes, et sa respiration est plus lourde. Je reste calme, toutefois, à l’intérieur de moi, la panique me met en état d’alerte. J’inspecte chacun de ses traits et de ses mouvements pour anticiper la suite.
J’essaie d’articuler faiblement :
— Qu’est-ce que tu vas me faire ? Vais-je voir tes fantasmes ? Est-ce que… ça va… faire mal ?
Un rictus naît à la commissure de ses lèvres. Il met un temps pour répondre qui ne fait qu’amplifier le doute. Il caresse un peu mon pied nu et ma jambe et finit par admettre :
— Engy… t’auras jamais accès à mes réels fantasmes. Parce que tu ne survivrais pas une nuit entre mes mains. T’es pas prête à voir la vraie noirceur en moi ni mes déviances.
— Quel genre de déviances ?
— En ce moment, j’ai une soudaine envie d’aller chercher un seau rempli du sang de mon père dans la chambre froide du sous-sol. Je m’imagine le verser délicatement sur ton corps entièrement nu. Je prendrais plaisir à te baiser toute la nuit dans le liquide ferreux de notre ennemi commun. Le froid macabre du fluide carmin ferait durcir tes seins et rendrait ta peau rigide, visqueuse. Rien que d’y penser…
À travers son pantalon, je vois la forme robuste de son érection qui pulse d’envie. J’en frissonne d’effroi et de plaisir, c’est déconcertant. Et il garde vraiment le sang de son père dans une chambre froide au sous-sol ? Ce n’était pas un bureau et une pièce où il s’entraîne ? Mais… Il y a des cadavres là-dedans ?!
— Mais t’inquiète pas, petite chose, on ne déviera pas dans mes délires. T’es pas au même niveau que moi, c’est pourquoi je vais me maîtriser. Et qui sait… peut-être qu’un jour, tu rejoindras ma folie… et qu’à ce moment-là, si ce jour arrive, tu pourras t’amuser avec mes démons. Mais d’ici là…, évitons de provoquer mes plus sombres fantasmes, pour ta sécurité. Jouons seulement avec ta peur… pour te donner du plaisir. Je vais te faire oublier Torenti pour que la seule personne qui hante tes nuits, ce soit moi…
Jaylen s’approche de la stéréo et met Monster de Fight The Fade
.
À partir de ce moment, il retire son sweat, dévoilant ce torse qui me donne le vertige. Rien que cette vue me file d’agréables frissons qui caressent l’entièreté de mon corps. Il va dans le dressing et lorsqu’il revient, il a…
Oh… non…
Jaylen a le masque de crâne noir en main. Celui qu’il portait le soir au manoir, quand il me baisait dans le dressing pendant que la tête de Dustin était dans son coffre de voiture… Ce psychopathe sait à quel point ce masque m’horripile.
Ça fait partie du jeu ?
Ma respiration devient défaillante. Il sait très bien ce qu’il fait. Il veut que la moindre chose que je pourrais associer à ce jour-là soit transformée dans mon esprit.
La musique est ironique, puisque les paroles disent des trucs comme :
« Il y a un endroit où les démons essaient de se cacher »
« Au fond de moi »
« Pendant si longtemps je les ai gardés enfermés, mais ce soir… je les libère »
« Tu peux le voir dans mes yeux »
« Ils rampent sous ma peau »
« Ils répondent à mon nom »
« Je ne suis qu’un monstre »
Ce qui me choque, c’est que Jaylen s’est déplacé vers sa table de chevet pour ouvrir un des tiroirs et il récupère un couteau… mais aussi… un revolver.
Mon estomac se tord. Un nouvel afflux d’adrénaline est envoyé dans mes veines.
Qu’est-ce qu’il fait ? On s’éloigne du sexe, non ?!
Il me présente les deux armes. Son silence crée une atmosphère de terreur. On dirait qu’il attend que je choisisse. Je ne comprends pas ? Stressée, je tire sur les liens en remuant et les cordes étranglent mes poignets sous le bruit des chaînes se trouvant à mes chevilles.
J’expulse plusieurs plaintes.
— Aïe ! Ça serre ! Je sens plus mes doigts ! Tu veux bien me détacher ?!
— Nœud coulant…, souffle-t-il d’une voix feutrée. Plus tu te débats, plus tu résistes, plus il se resserre. Tu dois rester calme…
Calme ?
Comment ? Quand un mec te demande de choisir une arme alors que tu es ligotée et à moitié à poil, à quel moment tu peux être détendue ?!
Jaylen ne compte pas me détacher et retourne à son silence. Il constate que je fixe plus souvent sa main qui tient le couteau et en déduit que c’est mon choix. Il range le revolver… puis il enfile des gants de cuir noir pour ensuite grimper sur le lit.
Mon sang se glace.