Chapitre 22 - Une robe couleur du temps
By Bianca Turetsky
Au sommet de l’escalier le plus majestueux qu’elle eût jamais vu, Louise savoura la lumière du clair de lune qui filtrait à travers le dôme en verre et fer forgé au-dessus de sa tête. Levant les yeux, très impressionnée, elle découvrit la nuit parsemée d’étoiles. De vrais petits paparazzi célestes ! L’escalier était en chêne ciré, orné de motifs en bronze doré. Des peintures de paysages à l’huile dans des cadres à moulures décoraient les murs du palier. Un chérubin en bronze sur la rambarde centrale brandissait une lampe. Elle se sentait super belle et spéciale, en descendant les larges marches dans cette robe. Comme si elle était vraiment Miss Baxter, ce soir.
– Aaah, Miss Baxter ! brama son oncle au bas des marches. N’êtes-vous pas une vision réconfortante pour des yeux las ?
Louise rougit sous tous les regards qui se levèrent vers elle. Un homme en queue-de-pie noire qui passa à côté d’elle émit un discret sifflement. C’est dingue, je suis une star de cinéma ! Elle n’avait pas l’habitude que les hommes – enfin, les garçons – la remarquent pour sa beauté. Elle termina sa descente avec précaution, persuadée qu’elle allait trébucher d’un instant à l’autre à cause des hauts talons de Miss Baxter et se retrouver totalement humiliée. Mais avec un peu de patience et l’aide de la rampe, elle atteignit le rez-de-chaussée sans encombre.
Louise regarda sa main sur la rampe et eut le souffle coupé. Elle avait à l’annulaire une sublime bague en diamants et saphirs. Elle l’examina de plus près et resta bouche bée devant le magnifique éclat des pierres. La portait-elle depuis le début ? Quelle angoisse de ne pas l’avoir remarquée plus tôt ! Et maintenant, elle avait l’impression que sa main pesait des tonnes sous le poids du bijou ! Cette bague était spectaculaire, mais elle ne lui appartenait pas. Louise comprit soudain que ce n’était pas sa vie qu’elle vivait en ce moment… Elle abandonna bien vite ces considérations et saisit la main tendue de M. Baxter. Il était tout pomponné pour le dîner, en costume de soirée avec nœud papillon blanc et derbys noir et blanc. On aurait dit qu’il avait graissé sa moustache à la Charlot pour l’occasion. Elle se terminait à présent en deux petites pointes parfaitement symétriques.
– Avez-vous un souci avec votre hanche ? s’inquiéta-t-il, car elle se cramponnait très fort à son bras et claudiqua en franchissant les portes à double battant de la salle à manger.
– Oh, non, ma hanche va très bien, répondit Louise à la hâte, plutôt embarrassée. Mais je ne suis pas encore habituée à ces chaussures.
Combien de temps allait-elle encore réussir à se faire passer pour Miss Baxter avant qu’on ne découvre qui elle était vraiment ?