Chapitre 27 - Une robe couleur du temps
By Bianca Turetsky
Cette nuit-là, Louise fit le plus extraordinaire des rêves.
Elle était recouverte d’un épais manteau de ténèbres, dans une caverne si profonde qu’elle se demandait comment elle réussirait jamais à revenir à la surface de la terre. Ses jambes étaient de véritables poids morts qui la retenaient dans ce monde souterrain.
– Ouvrez les yeux, ouvrez les yeux ! lui ordonnait une voix de femme très rauque, qui semblait à des kilomètres. Ouvrez les yeux ! insista la voix.
Les paupières de Louise étaient si lourdes… comment les soulever ? Et qu’arriverait-il si elle obéissait à la voix et se retrouvait propulsée dans un nouveau rêve ? Ou continuait le même ?
– Ouvrez les yeux.
La voix s’approchait, devenait de plus en plus impérieuse. Louise devait obéir, elle n’avait plus le choix.
Elle fut immédiatement aveuglée par une explosion de couleurs, dans un nuage rouge tourbillonnant.
– Louise, murmura la voix, il est presque temps. Vous devez sauver votre vie. L’histoire ne peut pas être changée, mais la robe passe avant tout.
Dans un éclair, Louise vit un éclat doré et l’image d’un caniche noir, qui se balançait dans le nuage rouge. Elle ne pouvait plus se battre contre la lourdeur de ses paupières. Ses pieds lourds comme du plomb l’entraînèrent de nouveau dans les ténèbres.
La caverne se remplissait rapidement d’eau bouillonnante, d’abord au niveau de ses chevilles, puis de ses genoux. Ensuite elle effleura ses hanches. Elle tenta de crier, mais comme dans ses pires cauchemars aucun son ne sortait de sa bouche. Le seul bruit environnant était celui de l’eau qui remplissait la caverne noire. L’humidité glacée avait atteint son nombril, Louise sentit une douleur violente dans son estomac. L’eau arrivait maintenant à sa poitrine. Elle entendit les hurlements de deux voix de femmes, mais elle était trop loin pour discerner le sens de leurs paroles.
Elle se releva en sursaut dans son lit. Sa robe du soir était plaquée contre son corps, comme une seconde peau. Elle examina ce qui l’entourait pour essayer de se situer, car elle ne savait plus trop où elle se réveillerait. La pièce était peu éclairée. Louise reconnut pourtant la suite de Miss Baxter.
Ah, elle aurait donné n’importe quoi pour être dans sa chambre, sous la couette de sa grand-mère ! Elle espérait que tout ça n’était qu’un long, un gigantesque cauchemar.
– Miss Baxter ? Vous allez bien ? lui demanda Anna avec anxiété en s’approchant du lit.
– Non, croassa Louise, la gorge sèche. Je viens de faire un rêve atroce. Et maintenant que je suis réveillée, je découvre que la réalité est encore plus épouvantable… Anna, vous sentez-vous bien ? reprit-elle en découvrant l’air terrifié de son amie. Qu’est-ce qui ne va pas ? On dirait que vous avez vu un fantôme !
Même sous le faible éclairage, Louise fut frappée par la pâleur d’Anna et sa lèvre inférieure qui tremblait.
– Je n’en suis pas trop sûre, fit Anna en hésitant, mais ce serait bien possible.