Chapitre 9 - Une robe couleur du temps
By Bianca Turetsky
Le samedi, après sa séance de piscine matinale et un déjeuner léger de salade au poulet, Louise alla en vélo retrouver Brooke au centre-ville pour la vente. Le temps était couvert et venteux. Elle essuya la sueur qui lui dégoulinait du front avec la manche de son blouson en denim noir, et continua à pédaler contre le vent.
Pas besoin de penser à son trajet, son vélo le faisait tout seul. Fairview, dans le Connecticut, était une banlieue typique du coin : c’était minuscule. Et Louise y avait vécu toute sa vie. Le centre commercial le plus proche était à trois villes plus loin, le cinéma offrait deux salles de la taille d’un mouchoir de poche et projetait en général des films déjà sortis en DVD. Pour faire quoi que ce soit d’un tant soit peu intéressant et pour se cultiver, il fallait se rendre à New York par le train de grande banlieue qui traversait bois et champs pendant trois quarts d’heure.
Quand elle était plus jeune, avide d’aventure, elle essayait de se perdre en vélo dans les rues. Impossible… la ville était trop petite. Elle avait beau s’escrimer durant des heures, à la fin elle se retrouvait invariablement devant sa porte.
Arrivée devant le panneau de Chapel Street, elle cala son vélo contre un vieux chêne, tout en vérifiant une fois encore l’adresse sur l’invitation. Le 220 Chapel Street était un bâtiment en brique quelconque. Louise avait dû passer devant un millier de fois sans le remarquer. Brooke n’était nulle part en vue. Bah, elle avait dû changer d’avis.
Il n’y avait que de la poussière et des toiles d’araignées dans la vitrine. C’était une farce, ou quoi ? Depuis la rue, le magasin avait l’air fermé et abandonné. La vente vintage pour les fashionistas voyageuses avait-elle déjà plié boutique ?
Elle décida quand même d’ouvrir la porte. À sa stupéfaction, celle-ci céda à peine après avoir été effleurée. Louise pénétra dans la pénombre avec circonspection.