L'hypnose - Le titre de ce livre est Les secrets des mentalistes.
By Pascal Le Guern & Tibor the Mentalist
« Et si vous regardiez le creux de votre main sans cligner des yeux. Approchez, approchez lentement cette main de votre visage… Irrésistiblement, vos paupières deviennent lourdes, de plus en plus lourdes, puis se ferment… » Avec quelques simples passes hypnotiques, vous allez être capable de prendre le contrôle de votre esprit. L’hypnose (ou auto-hypnose) est la faculté d’amener une personne à entrer en communication avec elle-même et de la guider de façon stratégique dans l’utilisation des capacités souvent insoupçonnées de son cerveau. Un état altéré de la conscience pourtant distinct du sommeil puisque la personne hypnotisée n’est pas endormie mais dans un « état second », entre le rêve et la réalité. Le terme « hypnose » est né du célèbre médecin allemand Franz Anton Mesmer (1734-1815) fondateur de la théorie du magnétisme animal et de l’hypnothérapie, mais précisons que les gestes des premiers magnétiseurs sont déjà présents dans la Bible tout comme dans l’Histoire grecque. On connaît aussi la parole thérapeutique de Homère et de Platon qui, quatre cents ans avant Jésus-Christ, utilisent le terme de « terpinols », paroles douces, monotones et monocordes qui agissent sur le « thymos » et engendrent un état de « sophrosyne », à savoir un état de calme, de concentration intense de l’esprit, produit par de belles paroles. En 1766, Mesmer passa sa thèse de doctorat consacrée à l’influence des planètes sur le corps humain, l’existence d’un fluide subtil provenant du cosmos pénétrant tout le corps et remplissant l’univers. Il était intimement convaincu que, par l’imposition des mains, il pouvait transmettre son propre pouvoir, son fluide. Il disait à propos de l’hypnose : « Un somnambule, grâce à son sens intérieur, est capable de voir distinctement son passé et son futur, ou encore de retrouver des objets perdus. » C’est en véritable visionnaire qu’il établit vingt-sept propositions, bases de la médecine énergétique dont l’efficacité est prouvée depuis plus de deux siècles. Pionnier de la thérapie de groupe, ses travaux furent repris par le marquis de Puységur (1751-1825), magnétiseur aristocrate issu de l’une des plus illustres familles de la noblesse française. Nombreux furent les hypnotiseurs qui, grâce à ses découvertes, rapportèrent plus tard des observations de clairvoyance et de télépathie sous hypnose. Mais, pour Mesmer, seuls certains individus privilégiés étaient capables de distribuer leur fluide grâce à un sens mystérieux, un sens intérieur en relation avec le cosmos.
Dans le domaine du spectacle, l’hypnose a joué un rôle important pour le chirurgien écossais James Braid (1795-1860), qui commença à s’intéresser aux phénomènes hypnotiques grâce aux démonstrations publiques du célèbre Charles Lafontaine, magnétiseur et magicien, en 1841. Il les rebaptisa « hypnotisme », en 1843, pour se distinguer de Mesmer. Pour lui, il ne s’agissait que d’un simple mécanisme cérébral donnant à toute suggestion la force de la réalité.
Alexander (Claude Alexander Conlin), dit « Doctor Q » (1880-1954), l’homme qui sait tout, très réputé dans les années 1920 comme hypnotiseur de scène et télépathe, fit fortune dans ce domaine en gagnant plus d’un million de dollars durant sa carrière. D’autres mentalistes tels que lui eurent le même succès : Theodore Annemann (1907-1942) avec sa revue The Jinx sur le mentalisme (1934), Joseph Banks Rhine (1895-1980), pionnier de la recherche sur le psychisme moderne avec ses travaux sur la perception extrasensorielle – il est l’inventeur du terme ESP (extra sensory perception).
L’hypnose est surtout présente, depuis les années 1990, dans les professions de santé, où le traitement de la douleur physique et psychique est devenu une priorité (directives ministérielles à l’appui). Elle est donc de plus en plus appréhendée par le grand public en tant que nouvelle pratique dont l’usage s’avère parfois plus efficace, en termes d’applications thérapeutiques (développement personnel inclus), que la médecine traditionnelle.
« […] Il vous faut garder à l’esprit que l’inconscient prend certaines positions vis-à-vis de la personne entière ; vous devez compter avec cela et vous devez réaliser qu’en vous servant de l’hypnose votre but n’est pas de faire de la magie ! » stipulait Milton Hyland Erickson, fondateur de l’hypnose qui porte son nom.
Pour comprendre l’hypnose, il faut apprendre à connaître le fonctionnement de son propre esprit. Nous en possédons trois : l’esprit conscient, qui nous fait prendre des décisions ici et maintenant, l’esprit subconscient, qui pourrait être comparé à un gigantesque ordinateur qui travaille selon ses acquis (croyances, valeurs, habitudes), et l’esprit inconscient, qui stocke et enregistre tout ce que nous vivons, tel un souvenir dont l’émotion sera ravivée à la vue d’une couleur, par exemple, d’une personne ou d’un événement, par simple évocation et association d’idées, ou grâce à des atmosphères, des musiques, etc.
Le mentaliste, lui, utilise des procédés différents du domaine thérapeutique. Il axe ses méthodes sur l’« observation », la « persuasion », car, pendant un spectacle, le public, en attente du moment de la révélation, n’y verra que du feu et en déduira logiquement qu’il est doué de capacités psychiques extraordinaires. Les techniques de langage sont indispensables pour réussir concrètement ces tours. Il utilise principalement la parole et observe précisément les réactions du spectateur. Il n’y a pas systématiquement d’ordres donnés et il n’est pas toujours nécessaire de regarder la personne fixement dans les yeux. Si tout le monde peut apprendre la technique de l’hypnose, en revanche, tout le monde n’est pas hypnotisable. Il y a différents paliers et profondeurs dans l’état hypnotique. Vous aurez saisi qu’on joue avec des principes qui ne nécessitent pas de don particulier. Le mentaliste n’est ni voyant, ni médium…, rien de tout ce que l’on peut imaginer. Dans un contexte de scène (comme dans tout autre d’ailleurs), c’est la réceptivité de la personne pratiquant l’expérience qui importe. N’importe quel acteur, doué d’une excellente attitude de scène, est capable de monter une expérience d’hypnose en mentalisme, et cela sans avoir le moindre pouvoir paranormal. Tout repose uniquement sur l’utilisation rationnelle de repères alliée à quelques tromperies psychologiques.
« C’est vraiment incroyable tout ce que les gens peuvent faire. Seulement, ils ne savent pas tout ce qu’ils peuvent faire », dit Erickson.
Prenons comme exemple l’expérience de « la chute en avant-arrière » ou « technique de la vrille » : le mentaliste, placé derrière le candidat aux yeux clos et sous hypnose, lui demande d’appuyer fortement les épaules sur ses deux mains (tout cela avec un argumentaire précis). Quand il les retirera, une force invisible poussera la personne à tomber. En réalité, seules la position instable du corps et l’émotion déclenchent ce ressenti. L’état de confusion provoqué par l’expérimentateur entraîne une perte d’équilibre. Dans ce contexte, on pourrait assurément dire que l’hypnose de spectacle n’a qu’un rapport très infime avec l’inconscient. Comme nous l’avons vu, quelle qu’en soit sa forme, elle répond à un seul et unique principe essentiel qui est la suggestibilité. L’autre principe sous-tendu est le conditionnement. Tout « effet magique » réside dans le fait que tout se déroule dans la tête du spectateur.