Tome 1 : Chapitre 21 (Dustin) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
J’ai trouvé ces sales fils de putes. Comment ? Eh bien, quand j’étais désemparé après avoir reçu l’appel pour me menacer de n’alerter personne sinon Engy serait tuée, je me suis précipité chez elle. La mère d’Engy était au boulot, et son père à l’extérieur du pays. La clé se trouve sous un pot de fleurs devant la porte. Je devais ouvrir son ordinateur pour tenter de localiser son téléphone. À mon grand désarroi, la géolocalisation était désactivée. Ces gens sont peut-être tarés, mais ils sont futés.
Mes yeux ont louché une nanoseconde sur un drôle de clignotement rouge. Une lumière dissimulée dans le feuillage de sa plante. J’ai écarté quelques feuilles pour m’apercevoir qu’il s’agissait d’une caméra, style espion. Si petite qu’il était presque impossible de la voir. Elle était sans fil. Je l’ai gardée.
Les sales fils de putes. Ils l’épiaient depuis combien de temps ? Si cette caméra fonctionnait par Bluetooth, ça voulait dire que ses agresseurs n’étaient pas bien loin. J’ai commencé à remplir un sac de vêtements d’Engy. J’ai mis des culottes, des chaussettes, des t-shirts, des shorts, un déodorant. Pourquoi j’ai fait ça ? Parce que j’étais désespéré. J’allais faire croire à la mère d’Engy que sa fille dormirait chez moi. Ainsi, elle ne s’inquiéterait pas de ne plus la voir. Si elle se pose des questions sur sa disparition, je crains le pire. Je ne sais pas jusqu’où ils sont capables d’aller, mais de l’avoir kidnappée, ça en dit déjà beaucoup. Surtout d’avoir réussi à faire ça dans un manoir, alors qu’il y avait des invités. Mon amie s’est volatilisée.
Avant de sortir de la chambre, j’ai aussi emporté son carnet de dessins pour que ce soit plus crédible.
En ouvrant le livre, j’ai arraché une page et, avec un crayon, j’ai essayé d’imiter l’écriture d’Engy pour écrire à sa mère et lui affirmer qu’elle allait dormir chez moi.
Dès que ça a été fait, j’ai placé le message pour qu’il soit visible sur le frigo avec un aimant. Mais tout d’un coup, j’ai laissé échapper le carnet et c’est là que c’est devenu intéressant…
Je connais pratiquement tous les dessins d’Engy : la plupart représentent des punks fringués de noir, d’autres des anges déchus, ou une sorte de puits et elle qui tombe dedans avec une main qui semble la rattraper. Son sauveur a une cagoule. Elle m’avait dit que c’était un rêve qu’elle avait fait une fois. Elle a même mis des petits cœurs un peu partout. Il y avait aussi un portrait de moi avec mon costard appuyé contre un casier lors d’une fête au lycée. Ce même soir où je me suis décidé à l’embrasser.
Oui, je l’ai fait, car je savais qu’Ethan arrivait et je voulais qu’il voie Engy avec moi. Ce n’était pas un type pour elle…
Mais il y avait un dessin que je n’avais jamais vu et qui ne lui ressemblait pas.
C’était horrible.
Sanguinolent.
Très trash.
Il y avait un homme couché au sol, la gorge tranchée. Il était dans une mare de sang et un mec se tenait debout, couteau à la main. Il était tout en noir, même les cheveux et le regard. Il souriait comme un psychopathe. À côté, des jumeaux étaient dessinés.
Mes yeux se sont écarquillés.
Elle les avait illustrés ! Engy m’avait-elle laissé un indice volontaire du danger qui rôdait autour d’elle ?!
D’un coup, j’ai eu une illumination. J’ai foncé à l’extérieur et j’ai contemplé la maison d’en face.
Sur le dessin, il y avait une Challenger noire aux phares rouges.
Ça ne trompe pas. Il n’y en a pas des masses.
Je me souviens qu’Engy se plaignait de ses nouveaux voisins et du bruit de la Challenger la nuit.
J’ai observé la maison qui dépérit à vue d’œil. Pas de voiture dans l’allée.
J’ai traversé la rue, puis j’ai fait le tour de la propriété qui semblait abandonnée. Même le chien qui était là dans mes souvenirs n’y était plus. Je n’ai pas réussi à entrer. De toute manière, je doute qu’Engy soit à l’intérieur. Le mieux était de revenir quand la Challenger se pointerait.
Je me suis garé pas trop loin de la maison et je suis resté là très longtemps. J’ai dormi dans la voiture et j’ai observé, encore et encore, jusqu’à ce qu’un soir… la Challenger se gare dans l’allée.
Et ce moment, c’est maintenant…
J’ai une bouteille d’alcool entre les cuisses. Ça m’aide à me canaliser. Non, en fait, c’est pour me donner du courage pour entrer dans cette baraque.
Pourquoi je me sens soudainement plus menaçant que ces fils de putes ? Parce que j’ai un pistolet. Le vieux Beretta de mon père. Je le lui ai pris et il ne s’en rendra pas compte, car il ne se souvient même pas où il l’a caché. Alcoolique, il ne se soucie plus de grand-chose d’autre que sa prochaine caisse de bières.
J’ouvre la boîte à gants et m’empare prudemment du gun que je coince à ma ceinture. Je prends une énorme gorgée de gnole et lorsque je me sens prêt, je me prépare à sortir du véhicule.
Seulement, de nouveaux éléments se produisent. Un fourgon noir se planque dans l’allée et un mec aux cheveux noirs sort de la maison. Il ouvre le coffre de la Dodge Challenger et commence à transférer des trucs dans le véhicule de l’homme. Je ne vois pas très bien ce que c’est, car le gros véhicule me bloque la vue.
Après un laps de temps, la camionette s’éclipse et le gars en noir de la tête aux pieds qui ressemble au dessin d’Engy se glisse derrière le volant de la Challenger et démarre le moteur qui se met à gronder.
D’énormes phares Red Angel Eyes se projettent dans la brume, manquant presque d’éclairer ma caisse ! Je me penche pour qu’il ne me voie pas, même si je suis garé devant la maison à côté de celle d’Engy depuis un moment.
J’ai le choix : profiter de l’opportunité de son départ pour m’introduire dans la maison, ou le suivre. Si ça se trouve, je n’aurai pas d’autres chances de croiser la Challenger. Je devrais plutôt la suivre, juste pour voir où il va ; si ça ne me mène pas à Engy, je reviendrai voir la maison.
Toujours penché, j’attends d’entendre le moteur s’éloigner suffisamment pour que je puisse le prendre en filature.
Je démarre et commence à rouler, m’assurant d’avoir les phares éteints et une bonne distance sans le perdre de vue.
On sort de la banlieue, traverse la ville, passant devant le Williston State College jusqu’à l’autoroute Theodore Roosevelt Expressway. Quelques voitures se déplacent entre nous ; je reste attentif, sans jamais détacher mes yeux du véhicule.
Le mec suit la route durant plus de vingt minutes. Ce qui n’aide pas à la visibilité, c’est la noirceur, cette pluie qui commence à tomber sur le pare-brise et ce vent impétueux qui souffle. Pour ne rien aider, la Challenger accélère d’un coup. J’essaie de rattraper le bolide, mais il change de voie et une bagnole me bloque. Je ne le vois plus, parce qu’il est devant un poids lourd, mais j’entends le grondement de son moteur.
Il a remarqué que quelqu’un le suit ?
Quand la voie de dépassement est libre, je mets le pied au plancher, agrippe le volant et essaie de le rejoindre en dépassant tous les véhicules qui se trouvent entre nous. Mon geste alerte la Challenger qui soudainement fonce à toute vitesse. Je klaxonne après un monospace sur la voie rapide qui ne veut pas s’écarter.
Mes essuie-glaces se déchaînent pour m’offrir une meilleure visibilité. Sauf que… je crois qu’il est trop tard… ce fils de pute a disparu dans la nuit.
Je perds patience en cherchant des yeux la Challenger encore et encore.
Je frappe le volant.
Je vois plusieurs sorties d’autoroute ; il en a peut-être pris une. Ou alors il est loin devant moi. Merde !
Au bout d’un moment à rouler sans l’apercevoir à travers cette pluie battante, je m’arrête au bord de la route en freinant brusquement. Mes essuie-glaces battent à un rythme accéléré. C’est le déluge. J’entends l’averse tomber brutalement contre la carrosserie. Les autres voitures qui passent près de moi m’envoient des éclaboussures sur le pare-brise. Je ne vois absolument rien. La Challenger a réussi à devenir un fantôme. Il a peut-être éteint les phares et dévié vers une sortie que j’ai loupée.
Mes yeux me piquent, je dois les frotter avec mes paumes pour éviter que des larmes de colère ne s’échappent.
Engy m’a demandé de la protéger, et je n’y suis même pas arrivé. J’aimerais lui dire en ce moment à quel point je suis désolé, que je l’aime et que je vais tout faire pour la retrouver. Que je ne la laisse pas tomber.
J’enlève le bouchon sur ma bouteille d’alcool et bois plusieurs gorgées du rhum cubain de mon père. J’allume ensuite l’écran de mon téléphone et ouvre l’application pour envoyer un message à Engy. Bien sûr, je sais qu’elle ne pourra pas le voir. Mais eux, si. Ils ont éteint la géolocalisation, mais il est toujours allumé. Du moins, la dernière fois où j’ai essayé de l’appeler, ça sonnait.
Je commence à taper maladroitement sur l’écran :
Je sais qui vous êtes…
Il n’y a pas de réponse. Alors j’envoie un second message :
Vous avez raison. Pas la peine de mêler les flics à ça. Parce que je suis armé et je compte régler ça moi-même. Je vais vous traquer. Dès que je vous trouve, vous êtes morts…
J’essaie d’attirer leur attention. Qu’ils voient pourquoi je n’abandonnerai pas. Ces jumeaux et le mec sur le dessin ne savent pas à qui ils ont affaire et ce que je suis prêt à faire pour récupérer la fille que j’aime.
Je dépose le téléphone sur le siège à côté de moi et bois à nouveau.
Au bout de cinq longues minutes qui me paraissent interminables, l’écran s’allume.
J’ai reçu une réponse.
L’adrénaline envahit mes artères et je sens mon cœur se resserrer.
Je m’empresse de le lire.
Sauf qu’il n’y a pas de message.
Seulement un lien. Un lien vers l’application de géolocalisation.
Je bondis sur mon siège. La bouteille tombe à mes pieds, coulant sur le tapis. Je m’en torche. Je clique hystériquement sur l’application qui s’ouvre et… j’ai la localisation du téléphone d’Engy.
Je n’y crois pas !
Putain, ces mecs viennent de l’activer. Pourquoi ?
Parce que c’est une putain d’invitation ! Voilà ce que c’est !
C’est à seulement quelques minutes d’ici. Je dois prendre la prochaine sortie, tourner à gauche sur la 41 st NW North Dakota. Une sorte de route déserte, qui mène dans un endroit très isolé. Je ne sais pas ce que je vais trouver là-bas, mais je dois y aller.