Tome 1 : Chapitre 41 (Engy) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Malgré les larmes qui embrouillent ma vision, je détale sans m’arrêter jusqu’à ce que j’atteigne ma maison. Je foule les marches du porche, balance le pot de fleurs pour récupérer la clé et ouvre la porte pour vite me réfugier à l’intérieur.
Je verrouille derrière moi et m’adosse avant de me laisser tomber contre la porte. Mes mains camouflent mon visage alors que mes sanglots me dévorent.
— Je suis désolée… grelotté-je. Je suis tellement désolée, Dustin. C’est ma faute. Je savais que les Jann étaient inhumains, sans âme… Capables du pire. Et moi… et moi j’ai… couché avec Jaylen pendant que toi… tu… as été démembré…
Je tousse bruyamment, mon ventre menace de me faire vomir. Mon corps est souillé par les rapprochements charnels que j’ai eus avec un tueur en série. Mon esprit est corrompu par le mal, je n’ai pas su rester saine d’esprit. J’ai succombé, j’ai abdiqué toute morale en moi.
Mes pleurs me coupent le souffle. J’ai du mal à respirer, comme si j’allais faire de l’hyperventilation.
Je me lève brusquement. La tête me tourne. Je chancelle. Je me tiens au mur pour gagner la salle de bain.
Je me dégoûte.
Sans réfléchir, sans contrôler mes faits et gestes, je suis poussée par une seule envie : ouvrir les robinets de la baignoire pour plonger dans l’eau, croyant que ça va me laver de mes fautes. Il aura fallu que je voie la tête décapitée de mon ami pour revenir brutalement à la réalité. Me réveiller de tout ça et réaliser que j’étais en train de perdre l’esprit.
J’enjambe le bord du bain, toujours vêtue de ma robe, et m’assois au fond. Tout en me recroquevillant, genoux contre ma poitrine, visage caché, je laisse l’eau s’étendre autour de moi et monter.
Je suis dans le noir ; seule la petite lumière dans le couloir diffuse une légère lueur. Je prends ma tête entre mes mains, serre les dents, plisse les yeux et me retiens de hurler. Je risque de crier si fort que mes poumons vont imploser. Ma détresse est si forte que je crains de m’évanouir.
Peut-être est-ce ça, la réponse : me laisser tomber dans cette baignoire, la laisser se remplir, pour me noyer et ne plus jamais me réveiller…
Je me déteste. Je me hais. Je voudrais mourir. C’est ma faute si Dustin est mort. On m’avait prévenue que m’approcher d’un Jann était une malédiction. Jonas m’avait clairement dit que si j’étais toujours en vie, c’était pour une raison : ma folie. Il disait vrai : je suis en plein délire, car une personne saine d’esprit aurait fui très loin d’eux, aurait déjà appelé les flics. J’ai été bernée par des menaces qui m’ont poussée à rester près de Jaylen. On m’a fait croire que… si j’allais voir les flics, on me ferait du mal, car le réseau a des membres partout. Et il m’a fait comprendre que si je m’éloignais de lui, je m’exposais au traqueur et je vivrais des sévices encore plus cruels. Et si… tout ça était faux ?
Je… je ne sais plus. Je… Je n’arrive plus à réfléchir. À prendre de décision, à être rationnelle, à déceler le mal. Merde ! Je ne peux pas croire que j’ai fait l’amour avec un Jann. Et plus d’une fois, de surcroît ! Je n’ai même pas l’excuse que ce soit une putain d’erreur, une perturbation passagère. Non, j’ai pris mon pied comme jamais, alors que mon ami se faisait décapiter. C’est du délire !
Je veux que ce cauchemar s’arrête.
Je sanglote, pousse des cris retentissants de rage et de douleur. Je gémis de détresse. Mon corps tremble tellement qu’une pression au thorax m’empêche de respirer.
Je n’arrive pas à estomper la terreur dans ma tête. Je n’en peux plus et je ne vois pas comment je pourrais mettre un terme à tout ça. Comment effacer la peur et la douleur ?
La détresse physique et émotionnelle va me faire tomber dans les pommes. Je sens la pression me monter à la tête. Ma vision s’embrouille de plus en plus.
La baignoire est remplie. Mes mains harponnent les bords et doucement, je me laisse tomber en arrière, plongeant mon corps dans l’eau chaude qui diffuse une buée dans la pièce.
J’engouffre lentement ma tête…
Je ferme les yeux. J’essaie de faire le silence dans mon esprit. Je ne veux plus rien voir ni rien entendre. Que les battements de mon cœur.
Je retiens ma respiration le plus longtemps possible pour profiter de ce vide intérieur.
Puis, je laisse mon esprit vagabonder, me montrer autre chose que des frayeurs. Je me revois à l’âge de dix ans, faire une course à vélo avec Dustin. Le mien allait beaucoup plus vite. On descendait une pente et j’étais fière de gagner la course. Au bout de la rue, je suis tombée, m’écorchant les genoux et les mains. Dustin est rapidement apparu pour m’aider. Il a toujours pris soin de moi d’aussi loin que je me souvienne. Je n’avais que lui. Il aurait aimé que je l’aime comme lui m’aimait, mais j’en étais incapable. Il était comme mon frère.
Je laisse les souvenirs agréables envahir mon esprit, ce qui fait que plus le temps passe, moins je ressens le désir et le besoin de revenir à la surface. Je suis bien… Comme si une décision venait d’être prise : il vaut mieux pour moi que je m’éteigne. De toute manière, je ne mérite pas de respirer un jour de plus.
Mon corps continue de se détendre… mes muscles se relâchent, je résiste de moins en moins. Je débloque ma respiration pour laisser entrer l’eau dans mes poumons.
Dès que le liquide entre, mon corps est secoué par de vifs spasmes violents. Je sens une brûlure irradier mon œsophage et remplir mes poumons. La douleur est si brutale que mes yeux s’ouvrent et je sens mon cœur frapper ma poitrine. Un bruit de sifflement percute mes oreilles, annonçant que mes dernières secondes sont comptées. J’essaie de me convaincre que la pire souffrance va passer et qu’après, ce sera le néant. Je ne sentirai plus rien. Je serai libérée des terreurs qui m’habitent, de l’horreur de la tête de Dustin qui accapare mon être et des choses abjectes que j’ai faites.
Soudain, mes yeux se ferment comme si j’étais fatiguée. L’eau alourdit mon corps, mais la déconnexion de mon esprit est l’apaisement que je réclamais.