Tome 2 : Chapitre 1 (Jaylen) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Dans mon sous-sol, je balance Lauretta dans le grand évier en acier inoxydable de style usine industrielle : assez large et creux pour y faire entrer le corps entier d’une femme. Ce que j’aime avec cette installation, c’est que le robinet est amovible ; je peux facilement découper les membres, nettoyer de façon adéquate et tout évacuer dans les deux bondes. Elles sont composées d’un broyeur puissant, assez pour éliminer des boyaux, de la chair, des membres coupés et des os concassés. L’odeur est infecte. Seul un crâne ne passe pas ; je vais donc le stocker dans la chambre froide du sous-sol. D’ailleurs, quand on y entre, on peut voir les morceaux du corps de Dustin et de celui de mon père dans des sacs plastiques transparents, tout comme leurs têtes emballées, qui reposent sur une étagère. J’ai changé le verrou de la pièce afin de m’assurer que Jonas ne touche plus à la tête de Dustin pour effrayer Engy. Elle ne sait même pas ce que contient mon sous-sol… Je lui ai dit que c’était un endroit où je m’entraîne pour rester en forme. Qu’il y a aussi tous les anciens contrats de la famille, des dossiers personnels, et qu’en aucun cas elle ne devait venir ici. Il faut l’empreinte d’un Jann, de toute façon, pour passer la porte au bas de l’escalier.
Je pourrais m’occuper des corps d’Orlando et de Dustin et brûler leurs têtes, mais je sens le besoin de les garder, comme des… trophées.
En voyant la gueule de mon père, ses yeux virés dans leur orbite, sa bouche raide, un peu entrouverte, et son teint livide avec la marque de la balle dans son crâne, je me réjouis. J’ai pris sa place et je l’ai anéanti. J’ai mis fin au cycle de violence perpétuelle qu’il nous faisait vivre, à mes frères et moi. Et quand j’aperçois celle de Dustin, c’est une satisfaction de savoir que tous ceux qui désireront la fille que j’aime finiront décapités ici.
Étant minutieux et respectueux des morts, Joshua aurait préféré s’occuper de Lauretta, mais avec ses études, il n’était pas disponible. Je l’ai vu, durant son temps libre, s’intéresser au cryptage et au piratage informatiques dans sa chambre. Je crois que le hacking le passionne. Quoi qu’il en soit, il m’a suggéré de travailler sur une table d’embaumeur, avec des outils adaptés, plutôt que de foutre la dépouille dans un grand évier de boucher et de transformer le corps en pâté pour chien dans les égouts.
Ça m’a fait rire.
Je rince la tête de Lauretta, que j’ai égorgée, laissant ensuite le tronc se vider de son sang. Rien que ce geste fait naître une sueur froide sur mon front et ma nuque. J’ai aussi des tremblements dans les mains depuis quelque temps. Je suis à cran et je bois beaucoup d’alcool. Pourquoi ? Parce que ça va faire cinq mois que je n’ai pas tué, et je pense en ressentir le manque, comme un toxicomane qui n’a plus sa dose. Lauretta, je ne l’ai pas tuée. Il s’agit d’un petit contrat banal d’un particulier. Un homme m’a appelé d’une cabine téléphonique. Ce type, âgé de trente-deux ans, vivait encore chez sa mère et hier soir, ils se sont disputés, puis son fils l’a tabassée. Elle est morte sur le sol de la cuisine. Il m’a contacté en panique, ne voulant pas aller en prison, et m’a dit que le réseau lui avait refilé mon numéro en affirmant que je pourrais sans doute l’aider. Que j’étais celui qu’il fallait joindre pour tuer quelqu’un ou dissimuler un crime. Je suis allé chez lui récupérer le corps et lui ai soumis quelques conseils pour le jour où les flics l’interrogeraient sur la disparition de sa mère.
Je coupe une première jambe au niveau du fémur, le plus près possible du pubis, et la vue du sang fait augmenter considérablement les battements de mon cœur. J’essaie de me maîtriser. Arrêter de tuer sert uniquement à démontrer à Engy qu’on peut avoir une vie normale maintenant que mon père ne m’oblige plus à rien. Mais elle ne sait pas que j’ai besoin de ça… Plus je vais m’en priver et plus le goût du meurtre me rendra violent. Pour me tempérer, je me soûle.
Comme en ce moment, je sens mes veines se dilater pour se remplir d’adrénaline et mon sexe se gorger de sang. Je me détourne de cette vue et me dirige vers mon bureau qui contient tous les anciens contrats et une étagère d’alcool.
Je me sers rapidement un grand verre de Jack Daniel’s que j’engloutis si vite qu’une goutte s’échappe et roule sur mon menton. Je l’essuie du revers de la main.
Combien de temps vais-je pouvoir tenir sans tuer ? Je crains surtout de blesser Engy si un jour je n’arrive pas à me tempérer. Parce que j’ai de plus en plus de fantasmes macabres qui hantent mes pensées et mes rêves. C’est troublant, puisque Engy dort dans mon lit avec moi chaque nuit. Par moment, je me réveille avec l’envie brutale d’exécuter toutes ces choses qui me parasitent l’esprit. Engy ne m’a pas pardonné la mort de Dustin et ne compte pas le faire. Ce froid entre nous fait que j’évite de la toucher ou de la provoquer. Mais la désirer sans pouvoir la toucher augmente radicalement mes pulsions. La nuit, je rêve même que je la viole sauvagement, alors que ça ne me ressemble pas. J’ai tellement envie d’elle que cette résistance va me tuer. Je me contiens à un tel point que j’ai l’air froid et austère avec elle. C’est ma façon de me braquer et de la protéger de moi.
Étonnamment, depuis la perte de Dustin et les événements avec Jäx et Torenti, Engy ne verse aucune larme et ne ressasse pas ce qu’elle a vécu. Je crois que ses traumatismes anesthésient ses émotions. Peu à peu, j’ai modifié ses perceptions. Elle ne discerne plus le bien du mal. Comme si elle était soumise à son bourreau. On peut comparer ce comportement à une adepte qui perd sa lucidité au moment d’intégrer une secte. Ce n’est pas un syndrome de Stockholm. C’est moi qui ai joué avec sa psyché jusqu’à détenir une emprise psychologique sur elle.
Comment procéder ? C’est simple : en provoquant des chocs post-traumatiques chez elle, elle est devenue facilement manipulable et vulnérable. C’est dans cette vulnérabilité qu’elle s’est attachée à moi, puisque je lui ai de nombreuses fois sauvé la vie ; et psychologiquement, je suis devenu son pilier. Si je disparais, elle s’écroule. Parce que j’ai perturbé toutes ses convictions, elle ne pourra jamais regagner une vie normale. Et son subconscient croit toujours qu’elle doit rester près de moi pour survivre.
Alors, en dépit des horreurs vues et vécues, sachant ce que je suis et ce que j’ai fait à Dustin, elle reste comme prise dans un piège malsain dont je détiens les ficelles. C’est très difficile de redonner un état d’esprit lucide à quelqu’un qui souffre psychologiquement. Engy n’est plus rationnelle et, petit à petit, elle va basculer dans l’obscurité.
Et ça… ça me fait rêver. Elle a déjà mis un pied dans mon monde ; désormais, je veux qu’elle y plonge entièrement.
J’ai vu à ce qu’elle dupe ses propres parents. Elle s’est pointée chez elle un soir avec Joshua, elle leur a présenté comme si c’était son nouveau copain, et ils l’ont adoré. Bien sûr, Joshua inspire confiance et il a constamment les mots justes. Il était le gendre parfait pour manipuler ses parents. Elle a fini par leur annoncer qu’elle allait vivre avec Josh et continuer ses études. Mais c’était faux. Engy a fait ses valises et n’est plus retournée voir sa famille depuis. Elle a dix-huit ans; elle fait ce qu’elle veut.
Cependant, son départ précipité semble avoir inquiété sa famille et la police, puisqu’elle a fourni très peu d’informations sur la disparition de son ami Dustin et n’a montré aucune émotion quant à la situation. Elle a donné son téléphone à un enquêteur pour qu’il consulte les derniers messages de Dustin, que j’avais moi-même créés avec son téléphone à lui, disant qu’il partait au Canada. Plus aucune nouvelle depuis. Alors, les recherches vont dans cette direction.
Un peu plus détendu grâce à la grande quantité d’alcool ingérée en quelques secondes, je retourne vers le cadavre pour trancher la seconde jambe.
Merde.
J’ai sectionné une artère principale et le liquide ferreux gicle sur moi et sur mon visage.
Ma respiration est puissante, je sens littéralement mon corps vibrer d’extase, mais je dois rester concentré.
C’est taché de sang que je m’approche de la radio pour mettre de la musique. J’entends la chanson You’re So Vain de Marilyn Manson avec Johnny Depp
. Je monte le volume pour que le son envahisse la pièce.
Je me remplis un deuxième verre alors que mes doigts sont souillés de liquide carmin et continue de démembrer la dépouille en écoutant la musique, tout en buvant quelques gorgées entre chaque membre scié.
Je dois presser plusieurs fois mon sexe contre la table pour étouffer les battements de cœur qui martèlent ma verge.
La gorge est ouverte et la carotide a évacué beaucoup de sang, mais une vertèbre retient encore la tête au reste du corps. Avec mes doigts, je la détache entièrement, touchant au passage un ligament déchiré qui me glisse dans la main.
Une personne saine d’esprit ne trouverait rien d’excitant dans tout ça. Pour ma part, la vue du corps démembré, de la tête décapitée, de la chair mouillée et visqueuse entre mes phalanges me fait me sentir puissant. C’est mon porno. Ça me procure un plaisir intense. Bien sûr, je pourrais faire l’amour à Engy, jouir sans la blesser, mais ça ne comblerait pas mes fantasmes. Je rêve de l’étrangler, de lui faire goûter mes sévices et de lui montrer mes déviances, mais ce ne sont que des pulsions sexuelles ; il est hors de question de les assouvir. C’est trop dangereux, je risquerais de la tuer dans un élan de passion. Et mon désir de la protéger est plus puissant que mes fantasmes.
Soudain, la musique s’éteint et, en me retournant, je vois une silhouette. Je lâche la tête et m’empare de mon arme, pointant l’intrus. Le seul son audible est celui du crâne décapité qui roule sur le carrelage jusqu’aux pieds… de mon frère.
— Merde ! Jonas ! Qu’est-ce que tu fous ici ?! Et ne me surprends plus jamais quand je suis de dos comme ça !
Je replace rapidement mon érection de travers sous mon pantalon.
— T’as cru que c’était Engy qui te surprenait à bander pour une morte ? s’amuse mon frère en me gratifiant de son sourire le plus sournois. Il est 21 h 30 ; ça fait une heure que j’essaie de te joindre, mais tu ne décroches pas ton foutu téléphone. T’es attendu au Red Holder. Pourquoi tu n’y es pas ?
Intéressé par la tête qui s’est arrêtée près de sa botte, Jonas se baisse pour la récupérer, mais je m’empresse de la ramasser avant lui. En la soulevant par les cheveux, un filet de sang s’écoule du cou béant. Je me procure un sac plastique transparent pour l’y insérer. Quelques cheveux se collent à mes phalanges. Je les fourre dans le broyeur avant de le mettre en marche.
— J’ai oublié. Et puis, en quoi ça te regarde ? Ne reste pas ici. Sors.
Je rince mes mains avant de prendre mon téléphone dans ma poche. Normalement, quand une personne franchit le seuil de ma demeure, je reçois une alerte. C’est un nouveau système, pour ne plus avoir de surprises comme avec Jäx…
J’ai deux avertissements, un pour l’entrée sur le côté de la maison et l’autre pour l’avant. Pourquoi il a déverrouillé les deux portes ?
— Jay, j’en ai marre de rester dans un motel. Ça fait des mois. Je peux revenir ?
— Non.
— À cause d’elle. C’est elle qui ne veut pas me voir.
— Dois-je te rappeler que tu es entré ici pour récupérer la tête de Dustin et lui offrir en cadeau d’anniversaire ?
— Et… qui a tué le gars ? Toi. Mais parce qu’elle est soumise à ton contrôle, elle ne le réalise pas.
— Jonas, tu ne m’as jamais dit pourquoi t’avais fait ça ni pourquoi tu as contacté le traqueur. En plus… tu as fait venir Jäx Klovezki chez moi. T’es un putain de traître. C’est pas seulement Engy qui ne veut pas te voir ; moi non plus.
— Moi, un traître ?! Pendant que tu faiblissais sous le charme d’une nana, tu ne remarquais pas que ton empire s’écroulait autour de toi. Et si tu tombes, tu me fais tomber, et Joshua avec. Si tu n’es plus le grand criminel redouté de tous dans le réseau, on n’est plus rien. T’as tué notre père, pour elle. Ça nous enlève une puissance. Tu as tué Jäx, pour elle. Celui qui nous a tout donné ! Je l’ai fait venir parce que j’ai tout essayé pour qu’Engy reste loin… de nous.
— Toi, tout ce qui t’importe c’est la réputation des Jann.
— Oui ! Je t’ai jamais vu comme ça, Jay.
— Comme quoi ?
— Amoureux. Ça te rend si… faible et pathétique…
Je suis agacé et commence à fulminer.
Je mets la tête dans la chambre froide et m’occupe du tronc de Lauretta alors que je tente de raisonner mon frangin :
— Je la possède, c’est pas de l’amour. Mais va falloir que tu t’y fasses un jour ou l’autre. Engy m’appartient et vit avec moi.
Le visage de Jonas se désagrège. Il a presque l’air d’avoir envie de vomir.
— Arrête de jouer avec les mots ; t’es grave amoureux. Tu vas jouer le mec parfait avec elle ? Te mettre en couple et faire comme si tu étais un type normal ? Arrêter les contrats ? Pire, te marier, lui faire des rejetons et changer de vie ?
Je soupire, irrité par son inquiétude. Tout en prenant une pause, je m’allume une clope. J’essuie le sang sur mon visage avec un torchon et assure à Jonas :
— C’est pas mon truc. Je ne peux pas changer, même si en ce moment je retiens mes besoins et mes pulsions pour limiter les impacts sur elle. Mon but n’est pas de devenir quelqu’un de bien pour elle, mais d’arriver à la faire basculer… pour moi. C’est le seul moyen de la garder près de moi.
— Basculer ? rit mon frère en s’intéressant à la chambre froide. Tu crois vraiment qu’une fille comme Engy a le mental suffisamment solide pour supporter notre mode de vie encore longtemps ? Elle va se suicider à la première occasion. Elle a déjà essayé dans sa baignoire, non ? Preuve qu’elle ne peut pas vivre avec nous ; elle n’est pas de taille psychologiquement. Lâche prise avec cette gonzesse, tu n’en retireras rien du tout, excepté des ennuis. Bien qu’elle soit la plus belle fille, il reste qu’elle attire tous les chiens, Jay. Navid la voulait pour son ranch de prostitution. Jäx Klovezki prévoyait de faire fortune avec ta protégée. C’est quoi la suite ? Quel problème elle va encore nous amener ? Elle sait pas se défendre. Tu vas jouer les bodyguards pour elle toute ta vie ?
— Non. Je reconnais qu’elle a besoin de s’endurcir. J’y travaille. Je vais lui montrer comment se défendre. Il y a du potentiel. Elle a du caractère. Il y a une braise dans son âme… Il suffit que je la trouve, que je souffle dessus pour regarder la flamme naître et tout brûler. Son âme deviendra aussi noire que la mienne. Le processus est enclenché. Elle m’a vu tuer, elle sait pour Dustin, elle m’a poignardé, putain, et elle a subi l’agression de Torenti. Les traumas sont si grands que pour la protéger mentalement, ses émotions sont anesthésiées. Dans peu de temps, j’aurai créé la petite amie parfaite.
— Déglingue-moi cette meuf et son caractère de merde d’un coup de reins et enterre-la dans le jardin. Parce que je veux revenir à la maison. Mon lit me manque. Tu sais qu’ils n’ont pas de films de cul au motel où je suis ? Et le wifi là-bas est à chier. J’ai pas de connexion.
Je viens appuyer mes hanches contre le coin de l’évier et tire sur ma cigarette. J’offre un demi-sourire à mon frère qui inspecte la chambre froide.
— Je déroge pas, petit frère : tu vas devoir accepter Engy si tu veux revenir.
Au bout d’un moment, alors que je fume ma clope, je le vois sortir avec le sac contenant la tête de Lauretta. Il ne peut vraiment pas s’en empêcher. Ça m’aurait plus énervé si ç’avait encore été celle de Dustin.
— OK, Jay. Voilà ce qu’on va faire. Je vais être gentil avec elle, je vais même aller lui offrir des excuses. Je promets de me tenir tranquille et « d’accepter » votre… liaison absurde. Mais en échange, tu me redonneras ma liberté. Ce qui commence par… me laisser la tête de la femme.
— Quoi ?
— Je te l’emprunte trente minutes. Sa bouche a l’air pulpeuse.
Je fronce les sourcils et mon regard s’assombrit. Il ajoute :
— OK… Disons, vingt minutes ? Fais pas comme si tu n’avais pas compris… Je t’ai vu tout excité, toi aussi, quand t’as manipulé la tête. T’as des vices ? Eh bien moi aussi, et comme Orlando n’est plus là pour dicter ma vie, ce n’est pas toi qui vas le remplacer. En gros, tu me donnes ma liberté et tu me laisses faire ce que je veux. Si je souhaite commettre un crime, une agression, ou assouvir mes paraphilies, tu ne me restreins pas. En échange, je serai le meilleur beau-frère pour Engy et je la protégerai au lieu de lui nuire. Je t’emprunte cette tête, et ça commence maintenant.
Il note que mon expression reste stoïque, bien que je comprenne, moi aussi, l’utilité d’une tête humaine. Il lit dans mon regard que je ne suis pas d’accord. Alors, il ajoute tout bonnement :
— Sinon, juste cinq minutes, ça me va. Ça devrait le faire. Je peux jouir vite. Je la remets à sa place après.
Jonas est un copycat en puissance. Il veut reproduire tous les crimes, dépravations et déviances qu’il découvre, qu’il s’agisse de situations fictives ou réelles, il veut les accomplir. Il est obnubilé par l’idée de découvrir les plaisirs que je retire quand je tue, kidnappe, joue, démembre. C’est un imitateur, mais ses fantasmes amplifient dangereusement sa liste de paraphilies. Il tente d’entrer dans le réseau, plus précisément sur le ranch de Navid, pour diriger et participer à la traite d’humains et à la prostitution. Mais c’est hors de question. Il n’a pas de limites, ça peut vite dégénérer. Moi, il me reste encore une conscience uniquement parce que j’ai des principes ; pas lui. Tout cela, ces honorables troubles psychiatriques, on les doit à notre éducation abjecte.
Je jette ma clope dans le restant de mon verre, et commence à me laver le visage et les bras avec le jet d’eau de l’évier. Je dois enlever le maximum de taches avant de sortir du sous-sol et me rendre sous la douche, dans la salle de bain privative de ma chambre.
J’ignore totalement Jonas et me dirige vers la sortie lorsqu’il m’interpelle :
— Euh… ça veut dire oui, si tu pars et me laisse ici ?
Je crois qu’il est temps de me rendre à l’évidence. Je ne veux plus jouer ce rôle, celui d’oppresseur de ses déviances, car le mal est déjà fait. Mon père l’a bousillé, comme moi. D’un côté, plus ses fantasmes grandissent et sont inassouvis, plus il devient dangereux ; je sais, je connais ce besoin. D’un autre côté, si je ne m’en mêle plus, il franchira les limites de la folie et je crains que ça dégénère… surtout s’il se tourne vers le réseau ou bosse pour le ranch. Finalement, c’est mieux qu’il fasse ses conneries près de moi, sous ma supervision. Mais Joshua et Engy ne doivent rien savoir sur le fait que je libère les chaînes des déviances de Jonas.
Honnêtement, ce soir, je préfère encore qu’il utilise cette tête plutôt que de le voir sortir tuer une femme dans une ruelle.
Putain… je n’arrive pas à croire que je dis ça de mon propre frère ; je le pousse vers la nécrophilie pour éviter qu’il se transforme en tueur sadique… Mais qu’est-ce qu’on est devenus ?