Tome 2 : Chapitre 25 (Jaylen) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Debout sur le porche de la maison, j’observe ma voiture au loin. Le moteur est toujours en marche et la musique tourne. Là c’est Sweet Dreams de Marilyn Manson
que j’entends.
Joshua est déjà parti. Il a pris le fourgon derrière la maison et il a appelé un de nos contacts de confiance. Il s’agit de Véra. Elle va récupérer les enfants, et comme elle est en lien avec des flics en travaillant dans le milieu carcéral, elle va trouver un moyen de régler la situation.
De mon côté, j’ai pris soin de déplacer tous les corps à l’extérieur de la baraque, pour faire un superbe tas de cadavres. J’ai trouvé une fourche et j’ai planté le manche au centre du chemin de terre. Ensuite, j’ai embroché une tête décapitée contre les piques. Quand il reviendra, Navid pourra savourer mon œuvre.
J’ai également pris un bidon d’essence et aspergé l’intérieur de la maison et des granges, sauf la rouge… Je connais Josh, et quand il m’a dit, avant de partir, de ne pas y aller, ce n’est pas parce qu’il n’y avait rien d’intéressant, mais parce que c’était l’endroit où Navid a pratiqué mes jeux de torture sur Engy. Si j’entre là, si je vois les sangles, le tuyau d’arrosage ou le moindre élément qui me ferait penser à lui et elle dans la même pièce, je vais vouloir me tirer une balle dans la tête. D’ailleurs, je n’arrête pas de me demander comment Navid a su pour cette torture avec le tuyau. Je ne l’ai pratiquée qu’une seule fois et j’étais seul avec ma victime. Personne ne m’a vu, je n’en ai même jamais parlé…
J’ai pris le temps de me dégoter une bouteille d’alcool. Quand je suis prêt, je craque une allumette et la balance dans l’escalier de la maison qui s’enflamme immédiatement. Je fais de même avec les portes des granges que j’ai arrosées d’essence. Le bois et le foin nourrissent le feu à une vitesse hallucinante. Je m’assure que tout flambe avant de regagner ma voiture et de me glisser derrière le volant. Je contemple une dernière fois ce magnifique tableau : la destruction de cet endroit. Quand tout sera en cendres, il ne restera plus que le tas de cadavres en évidence sur le terrain.
Ça fait une heure que je suis garé devant chez moi et que j’hésite à entrer. J’ai découvert les alertes sur mon téléphone, celles qui m’indiquent quand quelqu’un franchit la porte. L’empreinte m’a révélé qu’il s’agit de Jonas. Pour moi, il n’y a qu’une explication : Engy m’a quitté et bien sûr ç’a réjoui Jonas au point de lui proposer de la ramener chez elle.
Ses mots résonnent encore dans ma tête : « Je ne veux plus être avec toi ! » C’est pourquoi j’ai rapidement englouti la bouteille d’alcool afin d’affaiblir mes capacités, pour m’empêcher de foncer chez elle et la kidnapper directement dans son lit.
Tout est ma faute, ce qu’elle a vécu à cause du réseau et même moi ; je lui fais peur. L’épisode du manche de couteau… je suis allé trop loin. Je ne me suis pas maîtrisé et ç’aurait pu dégénérer. Tout ce que j’espérais en revenant, c’était la serrer dans mes bras, la réconforter et prendre soin d’elle. Je l’aurais déshabillée pour laisser un baiser sur chacune de ses blessures, pour qu’elle me donne son mal. Ensuite, je lui aurais fait l’amour avec toute la tendresse dont elle a besoin. Lui offrant amour et sécurité.
Pour une fois… je me sentais capable de le faire sans avoir à l’esprit ces pensées tordues qui me poussent vers la violence. Sans être envahi par des fantasmes sadiques.
C’est peut-être ça, l’empathie…
En sentant ma tête tourner, je ferme les yeux et m’appuie contre le siège. C’est l’effet d’un manège. Les paupières ouvertes ou fermées, c’est la même sensation. Avant de m’endormir dans la voiture dans le froid, je décide qu’il est temps de rentrer me mettre au lit.
C’est avec peu de dextérité que je me hisse hors du véhicule. Je tangue un peu, mais j’arrive à atteindre le porche.
J’essaie d’entrer.
Merde.
Ça ne fonctionne pas.
La poignée m’interdit l’accès. Elle ne reconnaît pas mon empreinte. Elle se fout de moi ? Comment ça, elle ne me reconnaît pas ?
J’essuie le sang sur mon pouce sur mon pantalon et recommence.
Le code d’erreur apparaît à nouveau.
— Allez, fais pas chier…
En état d’ivresse, je passe une main sur mon visage toujours ensanglanté pour chasser ma vision floue et c’est là que je comprends pourquoi la porte ne se déverrouille pas.
J’ai mes gants.
Je mords le cuir au bout de mon majeur et mon index pour le retirer. Je m’appuie contre l’encadrement, évitant de tanguer et presse mon pouce sur l’écran numérique.
Le système se déverrouille.
Dès que je passe le seuil, je perds un peu pied et dévie de ma trajectoire en accrochant la table ronde au centre du hall de l’entrée. Le grand vase dessus, en granite noir, menace de tomber. Je le rattrape de justesse. Dans la villa plongée dans l’obscurité et le silence, j’ai l’impression que mes gestes font un torrent de bruit. Tout ce que je veux, c’est m’affaler pendant quelques heures pour ne plus entendre les cris d’Engy qui menace de me quitter et les visions d’elle qui souffre dans la grange.
Je monte à l’étage, me tenant à la rampe. Ma vision est de plus en plus trouble. Avant de gagner mon lit, je m’arrête devant celui-ci : il y a du mouvement.
Engy est là, endormie…