Tome 2 : Chapitre 31 (Traqueur) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Bip… Bip… Bip…
Ce bruit ne s’arrête jamais. Celui du moniteur de signes vitaux. Je viens de me réveiller, mais je garde les yeux fermés pour écouter ce que le médecin dit au policier qu’il a fait venir à l’hôpital.
— Non, il n’avait pas de pièce d’identité. Le propriétaire du Dakota Motel l’a trouvé sur le sol de sa chambre. Sans couverture de santé, une fois qu’il se réveillera et sera stable, on ne pourra pas le garder. J’ai soigné ses blessures, et tout indique qu’il a été agressé plusieurs fois avec une arme blanche. Le couteau qu’on lui a retiré, je l’ai mis dans le sac que l’infirmière va vous remettre.
— Très bien. Puisqu’il peut s’agir d’une tentative de meurtre, cet homme ne doit pas sortir sans avoir été interrogé. Je vais aller me chercher un café à la cafétéria et rester devant sa porte. Si jamais il se réveille pendant mon absence, appelez-moi à ce numéro.
J’entends le policier sortir de la pièce et le docteur vérifier mes paramètres sur l’appareil. Il semble jeter un coup d’œil également au cathéter dans mon bras, qui doit être relié à une poche de soluté. Quand il part à son tour, j’ouvre les paupières d’un coup. Je redresse la tête, inspecte la chambre et retire l’aiguille de mon bras. Les blessures à mon visage, mon épaule et mon ventre m’élancent un peu. Je sens les points de suture. En sortant du lit, j’ai le tournis à cause de la morphine qu’on m’a assurément injectée. J’arrive à me mettre sur pied et débranche la machine avant de retirer les fils qui m’y relient. Il faut que je me dépêche d’enlever la blouse de l’hôpital pour enfiler mon pantalon, mes chaussettes et mes chaussures. Aucune trace de ma chemise. On a dû me trouver torse nu sur le sol de ma chambre au motel.
La porte est entrouverte, alors je vérifie que la voie est libre pour sortir. Lorsqu’une infirmière passe, je me cache derrière le battant afin de ne pas me faire repérer. Elle entre alors dans ma chambre avec un sac contenant le couteau qu’on a retiré de mon ventre. Celui d’Engy…
La dame ne m’a pas remarqué. Je referme sans faire de bruit au moment où elle découvre que je ne suis pas dans le lit et va voir vers les toilettes. Une fois qu’elle entre dans la salle de bain, je surgis, agrippant l’arrière de sa tête et la percute de plein fouet contre la vasque. Sonnée, l’infirmière s’effondre. Je saisis sa nuque pour la soulever jusqu’à ce que sa tête approche la lunette des toilettes, mais elle résiste. Je force encore. Je parviens à plonger son visage dans la cuvette remplie d’eau, usant de mes deux mains. Je grimace un peu en sentant une brûlure sous mon bandage au niveau du ventre. Si je défais mes points, ça va saigner, mais je n’en ai rien à foutre. Je suis alimenté par l’obsession de retrouver Engy. Ce sera un meurtre purement gratuit pour me défouler et me permettre de sortir sans être repéré.
Une fois la femme noyée, je la délaisse, me redresse et marche vers le miroir en grimaçant de douleur. Les médicaments qu’ils m’ont donnés ne font déjà plus effet. J’observe mon reflet. Une monstrueuse balafre a déformé la moitié de mon visage, laissant une ligne rouge écarlate soignée à l’aide de fils résorbables. Ma paupière touchée reste fermée, mais une fois qu’elle sera guérie, je vais assurément pouvoir l’ouvrir.
Je récupère le couteau dans le sac plastique que l’infirmière apportait pour le flic et le range dans la poche arrière de mon pantalon. Une fois que je me trouve dans les couloirs de l’hôpital, personne ne me remarque, même si je suis torse nu. Un infirmier passe à côté de moi, trop occupé à faire son travail dans une chambre, et une dame âgée croise mon regard et continue de laver le sol avec sa serpillère.
Je me faufile dans l’ascenseur et constate que la cafétéria, où est allé le flic, est au rez-de-chaussée. Je suis au deuxième étage, là où sont les salles de réveil des patients en soins postopératoires. J’ai donc le temps de lui échapper.
J’appuie sur le bouton du parking souterrain.
Une fois en bas, les portes s’ouvrent sur des centaines de voitures garées partout. J’espère en trouver une avec les portières déverrouillées. Je trafiquerai les fils pour démarrer le moteur.
Je commence à me faufiler entre les caisses, testant les poignées. Toutes sont verrouillées pour le moment… Je m’agenouille à l’arrivée d’une bagnole qui entre par la grande porte du parking. Je plisse les yeux. C’est un 4x4 Lexus gris. Exactement comme celui des parents d’Engy…
Je reste hors de vue et suis du regard la trajectoire du véhicule jusqu’à ce qu’il se gare. Avant même de lire la plaque d’immatriculation, j’ai la confirmation qu’il s’agit des parents d’Engy en voyant d’abord le père en sortir, suivi de sa femme, Donna Sinclair. À force d’avoir épié leur fille et de m’être introduit chez eux, je peux affirmer que ce sont bien eux. Je les ai déjà vus sur des portraits de famille accrochés au mur.
Je les espionne et, juste avant qu’ils aillent vers l’ascenseur, la daronne s’arrête, comme si elle avait oublié quelque chose dans le véhicule. Elle lui dit : « Ne m’attends pas, vas-y. » Le père entre dans l’ascenseur et j’observe attentivement la femme aux cheveux bruns, habillée comme une cheffe de service des urgences. Ce n’est pas un uniforme bleu d’infirmière ni un sarrau de médecin, mais plutôt un tailleur blanc avec une carte de cheffe d’unité pincée à la poche au niveau de son sein droit.
Je suis le son de ses pas en me faufilant entre les véhicules.
Le champ est libre.
Je me redresse, sortant de l’ombre, et avance d’un pas rapide. Donna est dos à moi, en train de déverrouiller la portière arrière de son 4x4. C’est sur la banquette qu’elle récupère son sac à main. En sentant ma présence dans son dos, elle pivote. Mon état physique la fait tressaillir.
— Bonjour Donna… Je me présente, Zach. J’allais être… votre futur gendre, mais… malheureusement c’est votre fille qui m’a défiguré et laissé pour mort… Ce qui fait que je suis son futur assassin et…
Je dégaine mon couteau de ma poche arrière. Ses mains lâchent son sac et j’enfonce la lame directement dans sa carotide, si sauvagement qu’elle expulse un bruit monstrueux.
— Et le vôtre, madame Sinclair…
Je serre les dents et charcute le cartilage de sa trachée en tournant la lame dans la plaie. Un sang opaque remonte son œsophage et se déverse délicatement hors de sa bouche. Je rapproche mon visage suffisamment du sien alors qu’elle est encore en vie, mais en train d’agoniser, et souffle :
— Ce fut un plaisir de vous rencontrer officiellement.
Donna vrille des yeux et son corps perd du tonus. Je la rattrape avant qu’elle tombe et la couche, dos contre la banquette. La plaie au niveau de mon ventre saigne un peu, tachant le bandage blanc. J’inspecte les alentours avant d’entrer dans le 4x4 et de refermer la portière.
Je grimace en sentant les points de suture tirer contre mon ventre. Les blessures sur mon visage démangent à cause de la sueur qui perle sur mon front. Le regard de Donna Sinclair semble éteint. Elle s’est noyée dans son propre sang qui lui obstruait la gorge.
Au même moment, une alarme, qui semble provenir du bâtiment, surgit. Ils ont sûrement découvert le corps de l’infirmière et le flic a signalé ma disparition. Je dois filer.