Tome 2 : Chapitre 32 (Jaylen) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Je suis revenu à la maison pour enfiler des vêtements noirs et venir chercher Jonas. Moi qui n’ai jamais voulu alimenter les folies de mon frangin… Engy ne comprendrait pas ma décision de faire de lui mon bras droit ce soir. J’ai pris le temps d’aller la voir alors qu’elle était dans la piscine chauffée pour l’embrasser. Elle était toute mouillée et trop canon avec son bikini rouge, ma couleur favorite. J’avais envie de l’installer sur une chaise longue et laisser le froid du mois de novembre faire durcir ses tétons pour les caresser. Ensuite, j’aurais écarté ses cuisses pour la manger et la lécher jusqu’à l’orgasme. Après, j’aurais plongé dans l’eau avec elle, pour la serrer dans mes bras et lui faire l’amour.
Je veux passer du temps avec elle. Mais ça attendra, car je dois riposter auprès de Navid, sinon je laisse comme message au réseau que je suis une cible facile et qu’on peut s’en prendre à elle.
Je balance un sac de sport vide à Jonas qui est assis devant la télé avec une bière dans la main.
— Ce soir, tu m’assistes. Alors, magne-toi, il est déjà 21 h.
— T’es sérieux ?
Son regard s’illumine. Il bondit sur ses pieds.
— Attends, attends, je viens vraiment avec toi chez Jeannine ?
— Oui, mais tu fais exactement tout ce que je te dis, sinon ce sera la dernière fois.
En piratant les informations de Navid, Joshua et moi, on a découvert qu’il avait une femme. Elle s’appelle Jeannine, est d’origine asiatique et est âgée de vingt-neuf ans. Elle est institutrice dans une école primaire et croit que son mari, toujours absent, est un avocat. Elle ne sait pas que Navid a hérité des terres du ranch de sa famille et n’a donc aucune idée du trafic sexuel qu’il cache ainsi que son ampleur. C’est assez déroutant de savoir que ce mec maltraite des gens, violente sexuellement des femmes et des enfants, les vend comme du bétail plusieurs fois par jour et les expose sur le Web, tout ça en étant marié à une femme au dossier impeccable. Le couple possède une magnifique maison dans un quartier de riches avec un voisin qui est juge. Je parie qu’ils sont potes. Je vois bien le scénario : pendant que les femmes de ces hommes font du shopping, eux discutent de leur dernière victime et de leurs exploits en matière de torture qui leur rapportent du pognon. Ce juge doit souvent se rendre sur le ranch. C’est le cas classique de beaucoup d’hommes riches. Ils deviennent véreux, croyant avoir du pouvoir, s’octroyant des plaisirs coûteux, en quête d’expériences. Ils veulent tout voir, tout goûter, tout avoir, se croyant à l’abri des autorités. S’ils se font arrêter, ils ont de nombreux contacts, sinon ils paient leur caution et finissent souvent par s’en sortir à bon compte.
En allant torturer Jeannine et en filmant le tout pour l’envoyer sur le téléphone de Navid, ça va le forcer à sortir de sa cachette et il va gentiment venir vers moi. Je remercie Joshua d’avoir trouvé son numéro personnel, d’ailleurs.
J’emmène Jonas, car il pourra assouvir ses pulsions ce soir. Il a été sympa avec Engy, comme il me l’avait promis, et en échange, j’ai arrêté de le tenir en cage. Je sais qu’il traîne avec Zachary pour regarder des meurtres, des viols, peut-être même pour y participer. Je ne veux pas que le traqueur soit son mentor. Je préfère le prendre sous mon aile. J’ai longtemps repoussé l’idée qu’il devienne comme moi ou qu’il suive la voie de Navid. Il est hors de question qu’il plonge dans les activités du réseau ou qu’il en crée un identique ou pire. Sauf que je ne peux pas éviter l’inévitable.
J’indique à mon frère d’emporter des vêtements de rechange, une cagoule comme moi, et de choisir l’arme ou les outils qu’il veut. Dans mon sac, j’ai un pied-de-biche, le couteau avec lequel j’ai masturbé Engy, et un revolver.
Arrivés dans la rue où se situe la maison qui nous intéresse, j’éteins le moteur et, sans faire de bruit, on se dirige vers le coffre pour se préparer. J’enfile ma cagoule et Jonas fait de même. Je coince mon revolver à ma ceinture au niveau du dos sous mon sweat à capuche. Avant que je prenne mon couteau, mon frère le repère et s’en empare.
— C’était comment de masturber Engy avec le manche ?
Je lui arrache des mains et le dévisage, même s’il ne voit que mon regard sombre.
— D’où tu sors ça ? Elle t’a dit quoi ?
— Elle m’a empêché de le manipuler et elle s’est empourprée. J’en ai déduit que t’avais joué avec… et ça concorde avec ce que je connais de toi.
— Ouais, bah, ça ne se reproduira jamais.
— Ah bon, pourquoi ? Elle a pas aimé ?
— Si.
— Bah alors, c’est quoi le souci ?
Je ferme brusquement le coffre après avoir ramassé le pied-de-biche.
— Je l’ai ligotée et lui ai fait croire que je voulais jouer, mais je voulais la punir et lui faire mal en étant brusque. Parce qu’elle me cachait avec qui elle avait parlé au Red. Résultat : j’ai été pris au dépourvu parce qu’elle a… joui.
— Mais putain ! De quoi tu te plains ?! Une nana qui aime le sexe violent, ça devrait te plaire.
— Arrête.
Je commence à traverser la rue et Jonas accélère pour se mettre devant moi et me stopper.
— Je comprends pas ! C’est ça que tu voulais, la faire basculer, qu’elle accepte ce que tu es ! Pour que ça fonctionne entre vous, l’un des deux doit changer. Et comme tu ne peux pas devenir meilleur, c’est elle qui doit changer pour toi, et ça fonctionne. Pourquoi ça te plaît pas, finalement ?
— Je me suis rendu compte que le fait qu’elle aime ma part d’ombre me pousse à aller plus loin avec elle.
— Explique.
— Elle aimait ça, alors je l’ai coupée volontairement avec la lame en enfonçant trop le manche. Franchir une limite que je m’étais imposée m’a tellement excité que je l’ai baisée, même si je sentais qu’elle avait mal. Tout ce qui m’intéressait, c’était voir le sang couler pour jouir. Ce sera quoi la suite ? Je vais la poignarder dans un élan de passion ?
— Peut-être, ou alors tu vas l’étrangler, elle va prendre son pied, ça va encourager tes démons, et oups… tu vas la tuer.
— T’as tout compris. Tu sais pourquoi je t’ai pas viré du lit quand je suis revenu du ranch et que j’ai pas réagi en te voyant mater ? Parce que je savais que tu avais sur toi une seringue de sédatif que Joshua t’a refilée, au cas où je tomberais en psychose. De ce fait, c’était pour moi une protection, que tu sois là. Je savais que si je lui prenais la gorge, elle allait jouir au lieu de me repousser. Le fait qu’elle s’en délecte ne m’aide pas à mettre des limites. Je vais finir par la tuer, Jonas. Je sais que tu ne l’aimes pas, mais toi, tu sais que je l’aime et tu ne m’aurais pas laissé faire. D’ailleurs, t’as toussé, feignant de te réveiller, quand elle a perdu connaissance, je l’ai vu comme un signe qui me disait d’arrêter, sinon j’allais la tuer. T’as fait croire que tu te réveillais doucement pour que ça me refroidisse et que j’arrête tout.
— Peut-être que j’ai fait ça, je me souviens pas, mais tu sais, je serai pas toujours là. Tu feras quoi quand ça se reproduira et que je serai absent ?
— C’est pour ça que je veux l’entraîner. Pas seulement pour se protéger de l’ennemi, mais de moi aussi.
Cette nuit-là, après l’avoir blessée et laissée attachée au lit, je suis allé tabasser Zachary et je mourais d’envie de le tuer, mais je ne l’ai pas fait pour respecter ma promesse à Engy. Je n’allais pas très bien. J’ai conduit sans m’arrêter, sans savoir où j’allais. J’avais besoin de réfléchir. Je me suis arrêté sur un pont, j’ai enjambé la rambarde pour m’asseoir et regarder l’eau sombre tout en bas. J’ai songé à deux options : me jeter dans le vide, ou quitter Engy. Aucune autre solution n’existe pour la protéger de moi. Je ne ferai rien de tout ça, car je suis trop possessif – je ne peux plus vivre sans elle. Je préfère égoïstement que ma petite chose bascule du côté obscur. Seulement, si elle aime ce que je lui fais, elle va commencer à flirter avec mes démons. Ça va lui coûter la vie.
Cette nuit-là, je me suis saoulé dans ma voiture et j’ai dormi dedans. Je ne voulais pas rentrer. En plein jour, mon téléphone a sonné et ça m’a réveillé. C’était un numéro inconnu. Quand j’ai rappelé, un homme m’a dit que j’avais joint une cabine téléphonique.
Étrange.
C’est après ça que je suis rentré et que j’ai découvert qu’Engy avait disparu. Ma seule pensée était qu’elle m’avait quitté. Je l’ai cherchée partout… jusqu’à ce que Joshua me la ramène amochée. Et Navid va payer cher pour ça.
Je continue mon chemin vers la baraque impressionnante. Ma priorité est de trouver les fils du système d’alarme pour les couper. Je prévois ensuite d’entrer par la porte sur le côté du garage afin de trouver le disjoncteur et éteindre le courant.
— T’es prêt ?
— Carrément ! marmonne Jonas sous sa cagoule.
— Concentre-toi sur l’objectif et ne fais pas de conneries. Du moins, pour une fois, n’en fais pas trop…