Tome 2 : Chapitre 35 (Engy) - Somber Jann (Saison 1 & 2)
By Cynthia Havendean
Je me suis endormie sur le canapé et c’est le téléphone de Joshua qui vibre sur le comptoir de la cuisine qui me réveille. Je frotte un peu mes yeux et me redresse. C’est somnolente que je marche jusqu’au bruit et m’empare du téléphone.
— Joshua ? T’as un appel, marmonné-je.
À cette heure-ci, c’est assurément Jaylen et j’espère qu’il n’a pas d’ennuis. En regardant l’écran, je vois d’abord l’heure : 23 h 30. Et ce n’est pas un appel, mais un texto qui s’affiche:
Josh, passe le téléphone à Engy.
Le message provient de Jonas. Je ne sais pas où il est allé toute la soirée d’ailleurs, mais comme il s’adresse à moi, je fais glisser mon pouce sur l’écran et pianote :
C’est Engy. Qu’est-ce qu’il y a ?
Il est bientôt minuit et on sera le 20 novembre, l’anniversaire de Jay. C’est un peu une tradition, on sort au Devil’s Fever pour boire un coup. C’est un club sur deux étages qui n’a rien à voir avec le réseau. C’est un endroit où on décompresse. Jay a refusé. Malheureusement pour lui, il ne peut pas toujours tout décider. On sort cette nuit.
Je ne savais pas que c’était son anniversaire. Jaylen ne m’a jamais révélé la date même si, une fois, je la lui avait demandée. Je réponds :
OK, dis-moi ce que tu veux que je fasse pour le convaincre.
C’est vrai que ça pourrait lui faire du bien de se détendre un peu, à l’écart du réseau et des problèmes. Ça pourrait le purger de ses pensées meurtrières, au moins le temps de son anniversaire.
On va pas le convaincre, on ne lui laissera pas le choix. Je compte utiliser un sédatif pour l’affaiblir, juste un peu, pour qu’on ait le temps de le mettre dans la bagnole. Une fois là-bas, il va reprendre ses esprits et il n’aura pas d’autre choix que de profiter de son anniv’. Mais je ne pourrai jamais planter une seringue à mon frère, car éveillé ou même endormi, il a des réflexes trop aiguisés. C’est là que tu entres en jeu : tu vas le distraire pour que je puisse le surprendre par-derrière avec l’aiguille.
Il est complètement taré. Son idée, c’est de la merde en barre. Droguer Jaylen ? Je ne vais certainement pas l’aider pour ça, mais je vais plutôt accepter parce que l’idée de le voir essayer et que Jaylen le tabasse encore pour ses conneries me fait envie.
C’est d’accord !
Jay est avec moi. On arrive dans une heure !
Comment ça, Jonas est avec Jaylen ? Depuis quand il traîne son frère dans ses traques nocturnes ?
Je pose le téléphone avec un air suspicieux et décide d’aller sous la douche avant le retour de Jaylen.
Enroulée dans une serviette devant le miroir, je me brosse les cheveux et me lave les dents. Je vais dans la chambre et soudain, un courant d’air glacial monte jusqu’à l’étage. Je m’approche de l’escalier.
La porte d’entrée est grande ouverte.
Ils sont revenus ? Mais Jonas m’a dit une heure. Josh est allé dehors ? Il s’était enfermé dans sa chambre. Peut-être qu’il est sorti chercher un truc.
— Josh ?
Je descends l’escalier en fronçant les sourcils et en tenant fermement ma serviette, même si le nœud est bien serré.
Une fois en bas, je passe le seuil de la porte et sors sur le porche. Il fait nuit noire. Je n’entends que les criquets et le tonnerre qui gronde un peu, mais il ne pleut pas.
— Josh ?! tenté-je à nouveau.
Il est peut-être dans le garage.
Mais aucun signe de vie.
J’écoute les sons, figée sur place.
Puis, après avoir laissé s’écouler quelques longues secondes, j’entre dans la demeure et referme la porte qui se verrouille automatiquement. Je fixe la poignée et une pensée terrifiante se manifeste : et si une menace était entrée dans la villa ? Est-ce que je viens à l’instant de m’emprisonner ? Puisqu’il faut l’empreinte d’un Jann pour déverrouiller les issues.
Non, non, c’est absurde. Navid ne peut pas entrer… ni aucun membre du réseau. Je suis en sécurité. Quoique, Jonas a déjà fait entrer Jäx et Torenti… et s’il avait donné l’accès à Navid ? Joshua m’a dit de ne jamais lui faire confiance, même quand il semble sympa.
La panique me gagne.
Qui a ouvert cette porte ?
C’est en tremblant que je m’adosse à celle-ci pour balayer des yeux le séjour, le couloir et l’escalier face à moi.
— Jaylen ? Josh ? Jonas, si c’est toi qui déconnes, arrête, je ne trouve pas ça drôle.
La peur commence à s’insinuer en moi et j’ai un peu de mal à respirer.
Je marche pieds nus sur le marbre du hall d’entrée, sans faire de bruit, pour écouter le moindre son qui pourrait être perceptible. J’ai presque l’impression que mon cœur a cessé de battre.
Je franchis le salon jusqu’à atteindre la cuisine. Toujours personne. Face au mur vitré tout au fond de la villa, j’inspecte dehors. Les lumières de la piscine sont allumées, mais tout le reste est plongé dans l’obscurité. Au même moment, je vois une silhouette se refléter dans la porte vitrée. Une personne est derrière moi.
Je me retourne vivement ! Tout ce que j’ai le temps de voir, c’est un homme cagoulé et habillé tout en noir qui charge vers moi, arme à la main ! Le réseau riposte et envoie des tarés pour me liquider ?! Je laisse échapper un cri et détale vers la cuisine pour prendre un couteau, mais mon geste est si rapide que l’arme me glisse des mains et tombe ! Je n’ai pas le temps de le reprendre, car l’intrus va m’attraper. Dans ma course effrénée, je m’échappe par le long couloir qui mène à la chambre de Joshua !
— Josh ! hurlé-je en déboulant dans la pièce pour découvrir qu’il n’est pas là.
Oh non ! Le réseau est là et on lui a fait du mal ?! L’homme surgit derrière moi en même temps que je ferme la porte, mais il la retient en coinçant sa botte dans l’ouverture. Je force, mais d’un coup d’épaule, il l’ouvre et je tombe sur la moquette, dans la chambre de Josh.
— Ne me touchez pas !
Il se rapproche lentement, me surplombant.
Quand il se penche, je lui envoie un coup de pied, mais il est plus réactif que moi, car il saisit ma jambe, puis l’autre et, d’un tour de force, il me retourne à plat ventre.
— Lâche-moi, sale fils de pute ! Si tu me touches, je vais t’enfoncer la tête dans ton cul !
Il m’écrase de tout son poids. Sa main gantée se faufile sans scrupule sous ma serviette, caressant le creux de mon dos, mes fesses et, d’un coup de genou, il écarte mes jambes pour venir toucher ma chair sensible. Un flash-back de Torenti me percute l’esprit et le corps. Je remue et lui envoie plusieurs coups de coude, mais ça ne lui fait rien. Je l’entends respirer très fort sous sa cagoule et il commence à faire des mouvements de va-et-vient, comme s’il se frottait contre mes fesses.
— Tu vois, petite chose… susurre la voix de Jaylen. T’aurais été violée par l’ennemi très facilement.
Je prends un moment pour permettre à mon cerveau d’assimiler ce qui se passe. La chute est trop brutale. Passer d’un état d’esprit où l’on est confronté à un danger réel et constater que c’est une mauvaise blague, c’est troublant. Mon cerveau envoie plusieurs messages contradictoires à mon corps, allant du soulagement à l’énervement, puis au choc nerveux.
Il commente :
— Je t’avais avertie que tu ne saurais pas quand l’entraînement commencerait. Je voulais voir tes réflexes.
Il s’écarte et m’attrape par le bras pour me relever sans mal. À ce moment, je lui envoie un coup de poing dans le nez, sa cagoule n’amortit pas sa douleur.
— C’est un bon réflexe pour toi, ça ?! Merde ! Tu m’as fait peur ! J’ai cru que c’était un de tes ennemis !
— Je t’ai dit que je n’allais pas t’épargner. Et ce soir… pour ton entraînement, tu es encerclée d’ennemis et je vais t’apprendre à te défendre. T’as pas le droit de pleurer ni de me supplier d’arrêter. Tu ne dois plus JAMAIS te laisser toucher.
Jonas et Joshua apparaissent derrière.
— Très drôle. Vous allez faire quoi ?
Jaylen me saisit par la gorge et me pousse contre le mur ! La prise est presque fatale, si bien que je n’arrive plus à respirer. Mes yeux se remplissent d’eau et la douleur irradie dans ma tête sous une brutale pression. Ses frères ne l’en empêchent pas, mais je sais qu’ils vont l’arrêter avant qu’il me tue. Enfin, j’espère !
— Leçon numéro un : apprendre à te dégager quand on te prend à la gorge par surprise, dit-il d’un ton dominant.
Je frappe son avant-bras et tente d’enlever sa main qui me serre un peu plus la gorge.
— Concentre-toi, Engy, au lieu de faire n’importe quoi ! En te comportant ainsi, tu gaspilles ton énergie. D’abord, repère un point faible et accessible. Évalue les forces. Des mains frêles contre un bras puissant, c’est une erreur !
Il a tout prévu. Puisqu’il a une jambe plus avancée vers moi et le bas du corps un peu de travers, je ne peux pas lui envoyer un coup de genou dans les couilles. Il veut que je réfléchisse, et vite, avant de m’évanouir. Si je tombe dans les vapes, je lui montre que tout le monde pourrait me faire du mal. Si je riposte, je vais devoir lui faire mal et… il attend vraiment ça de moi ?
Eh merde, je dois agir vite, je commence à voir double.
J’essaie d’évaluer quelle force utiliser contre une zone sensible. Avec mes deux mains, j’enfonce mes pouces dans ses yeux et il se dégage aussitôt avant que je lui explose les globes oculaires.
— Je suis désolée ! Je voulais pas ! dis-je, la voix étranglée, en toussant.
Il jure et frotte ses yeux. J’essaie d’enlever ses mains pour m’assurer que je ne l’ai pas rendu aveugle et il s’énerve encore plus :
— Mais putain, t’as rien compris ? Je suis ton agresseur ! T’as réussi à te dégager, t’attends quoi pour fuir ?!
Je prends l’arme que Jaylen a laissée sur la moquette et pour sortir de la pièce je vise Joshua et Jonas. J’ai les mains qui tremblent. Je lui montre ce que j’aurais fait, mais j’espère qu’il n’est pas chargé, car je ne veux pas leur faire de mal. Je joue le jeu, simplement. Je n’ose pas mettre le doigt sur la détente.
— Bon réflexe, petite chose, me complimente-t-il.
En avançant, Jonas et Joshua s’écartent de la porte et je peux sortir. Or, à la seconde où je suis dans le couloir, prête à fuir, Jonas enroule son bras autour de ma gorge pour m’arrêter dans mon élan et frappe mon bras contre le mur, pour dégager le revolver de ma main. Ce dernier tombe par terre.
— Ne jamais tourner le dos à la menace, grogne Jaylen. Tu vas faire quoi, maintenant ?
J’essaie de me libérer, mais c’est impossible. Jaylen se place devant moi pour analyser la prise. Il retire sa cagoule pour me regarder d’un air sévère.
— Arrête de penser que tu n’as que des mains pour te défendre ! Réfléchis à tes atouts ! Tu as trois possibilités : tu peux soit utiliser ta tête pour lui fracasser le nez ; soit fragiliser son centre de gravité en soulevant les jambes pour user de tout ton poids. Le haut de son corps va basculer et il perdra son équilibre, alors tu pourras le faire tomber. Sinon, un coup de coude assez fort pour atteindre le foie qui n’est pas entièrement protégé par les côtes. Les boxeurs appellent ça le coup de poing qui paralyse. C’est celui qui fait le plus mal. Ton adversaire va s’agenouiller et se recroqueviller.
J’aimerais bien endommager le foie de Jonas, mais je choisis quelque chose de plus gentil. Je lui envoie un coup de tête et je l’entends jurer avant qu’il me relâche.
Il se penche et je vois le sang couler par terre.
Oh merde !
— Va-t’en, il te reste un ennemi… me somme Jaylen.
Je laisse Jonas, sans savoir pourquoi je me sens mal de l’avoir autant blessé, et cours jusqu’à la cuisine pour récupérer le couteau qui m’a échappé. Je ne vais quand même pas poignarder Joshua !
Jaylen est le premier à arriver, suivi de Joshua. Jonas est sûrement allé pincer l’arête de son nez à la salle de bain pour arrêter le saignement.
— Bien trouvé…
Je lui souris d’un air égayé, mais en fait, je suis rongée par l’adrénaline. J’imaginais plutôt un entraînement classique avec des mouvements dans son espace pour m’entraîner et taper dans un sac de frappe. Mais là, il simule bien, parce que je vois ses yeux briller en me voyant tenir le couteau.
Joshua se rapproche et je tranche l’air avec la lame dans sa direction, juste pour l’aviser de ne pas venir vers moi. Je ne veux pas lui faire mal, mais il continue d’un pas lent et mesuré.
— Ton agresseur n’a pas peur de ton couteau, Engy, commence Jaylen. Que vas-tu faire ? Parce qu’il va bientôt t’atteindre…
Je veux montrer à Jaylen que dans cette situation, j’agirais, mais sans blesser son frère. C’est pourquoi je lance le couteau à côté de Joshua, tout près de lui. La lame va se planter dans l’armoire de la cuisine. Je suis plutôt satisfaite du choix que j’ai fait, mais Jaylen ne semble pas du tout d’accord. Il me dévisage.
— C’était quoi, ça ?
— En dehors d’un entraînement, j’aurais envoyé le couteau dans le visage de mon agresseur et il serait mort.
— Non, pas avec un lancer aussi merdique. Il l’aurait esquivé et tu lui aurais remis l’arme avec laquelle il t’aurait tué juste après ! Sous aucun prétexte, tu te débarrasses de ta seule défense, autrement…
Pour me faire une démonstration, Jaylen décoince le couteau, m’attrape par les cheveux et me plaque face contre le comptoir avant d’appuyer la lame contre ma gorge.
— Si tu te montres vulnérable devant ton agresseur, il peut faire tout ce qu’il veut de toi. Il lui suffirait de scier ton joli petit cou pour mettre fin à tes jours.
Alors qu’il veille à ne pas m’égorger en maîtrisant la pression du couteau contre ma carotide, mon attention se tourne ailleurs. Sur l’énorme érection appuyée contre mes fesses que ma serviette ne couvre plus.
— Ça fait combien de temps que t’es dans cet état ? soufflé-je, la joue écrasée contre le marbre de l’îlot, sa poigne toujours dans mes cheveux.
— Josh, laisse-nous, ordonne Jaylen.
J’entends son frère sortir de la pièce et Jaylen chuchote contre mon oreille :
— Depuis la seconde où tu m’as vu dans le reflet de la porte vitrée et que t’as frissonné de peur. Quand je t’ai attrapée dans la chambre de Josh, j’allais te défoncer, te baiser contre la moquette. J’aurais adoré te voir me résister. Heureusement pour toi, j’ai été sage, je me suis retenu.
— T’es tordu. T’avais envie d’assouvir tes pulsions en me voyant terrorisée ? Tu t’abreuves de mes chocs traumatiques ? Si tu ne l’as pas fait dans la chambre, ce n’est pas grâce à ta retenue, mais parce que tes frères étaient présents.
Son souffle ardent qui recouvre ma nuque m’indique qu’il laisse échapper un doux rire.
— Je suis chez moi, je te baise où, quand et devant qui je veux. Tiens, comme tout de suite, par exemple.
Il me relâche, le temps de mettre la lame entre ses dents et d’ouvrir sa braguette. D’un coup de botte, il écarte l’une de mes cuisses pour avoir un accès direct à mon vagin. Seulement, il ne s’intéresse pas à ce dernier, mais plutôt à mon autre orifice. Il tâte mes fesses et, au moment d’appuyer son gland contre mon anus, je lâche une plainte et réussis à me dégager.
Ça ne va pas dans sa tête ?!
Je n’ai jamais fait ça, je ne suis même pas dilatée, même pas lubrifiée. Il pense à quoi ? À me défoncer, à me déchirer ?
Son regard ténébreux m’avertit du danger de ses pensées perdues dans les méandres de la perversion.
Je replace ma serviette et le nœud près de ma poitrine qui s’est défait.
— Range ça ! ordonné-je en désignant son sexe exposé.
Ça me met mal à l’aise que ses frères puissent débarquer. Je ne vais quand même pas faire ça ici, et surtout pas par-derrière comme ça.