Chapitre 10 : Le passage à la douane - Les Forces du désordre
By Camille Bouchard
Enzo, le supérieur, a dit à Edgar, son subalterne :
— La fille blonde, là-bas.
— J’ai remarqué. Quels yeux elle a !
— Elle voyage seule ?
— Semblerait.
— Jeune un peu, non ?
— Ses papiers sont en règle.
— Je sais, sinon elle ne serait pas à notre porte, corniaud.
— Alors, quoi ? Tu la trouves nerveuse ?
— Un peu.
— T’as vu à quelle heure elle se pointe ? Une chance qu’il y a du retard, sinon elle ratait son vol.
— Prends ta radio et demande à Benito de porter une attention spéciale à son bagage.
Edgar a parlé dans son talkie-walkie.
— Benito, ici Edgar. La blonde, là, à la queue de la file, y a Enzo qui aimerait que tu examines attentivement son sac.
— Entendido.
Enzo, le supérieur, a dit à Edgar, son subalterne :
— Demande aussi à Benito si… Non, attends, y a Sandra qui arrive là-bas. Sandra ! Oh ! Sandra, viens là.
Sandra a dit :
— À tes ordres, mon Enzo. Edgar, ta lotion après-rasage empeste jusque là-bas, tu le savais ?
— Va au diable, la grosse !
Enzo, le supérieur, a dit :
— Lâchez-vous deux secondes. Sandra, ce dernier groupe, là, celui à destination du Canada, il a passé les chiens ?
— Ouaip. Z’ont rien détecté, ces incompétents. Petite semaine.
— La blonde avec les yeux bleu vif, t’en penses quoi, toi, Sandra ?
— Au bout de la file ? C’est une connasse de riche qui voyage aux frais de son paternel.
Edgar a dit :
— Enzo, il la trouve un brin nerveuse. Mais pas moi.
— Tu sais, Enzo, le collègue Edgar, c’est un con avec une mauvaise lotion, mais il a p’t-être raison. La garce blonde, elle s’agite seulement parce qu’on la regarde.
Enzo a dit :
— Non, c’est plus que ça. Voyez ! Elle renvoie ses cheveux vers l’arrière, on aperçoit ses aisselles : toutes mouillées. Edgar, demande à Benito de lui porter une attention spéciale quand il scannera son sac.
Sandra a dit :
— Vous voulez que je l’interpelle, la petite riche, les gars ? Rien que pour voir comment elle réagira ?
Enzo a dit :
— Attends, Sandra. Déjà que le vol a du retard, je ne voudrais pas qu’on prolonge l’attente inutilement.
Le talkie-walkie d’Edgar a grésillé :
— Edgar, c’est Benito. Préviens Enzo que j’envoie la blonde passer son bagage à main sur le tapis roulant libre, à côté. Ça va me permettre de prendre mon temps pendant que les derniers passagers défilent devant l’autre collègue.
Enzo a dit :
— Edgar, transmets à Benito que c’est une bonne idée. Mais qu’il fasse vite parce que… Non, ça va. Déjà, il fait signe à la blonde.
Sandra a dit :
— Je vais rejoindre Benito, d’accord, Enzo ? Si quelque chose cloche dans le bagage de cette pétasse, je me ferai un plaisir de lui virer moi-même ses effets à l’envers.
— Non, Sandra. Si tu interviens, c’est certain qu’elle s’énervera et Benito ne pourra pas juger si ses réactions sont dues à toi ou à sa mauvaise conscience.
Edgar a dit :
— Enzo, y a Benito qui me chuchote un truc à la radio.
— Quel truc ?
— La môme est très, très nerveuse. Bouche sèche, yeux rouges, et elle se sert de sa bouteille d’eau seulement pour s’humecter les lèvres.
Sandra a dit :
— Comme quelqu’un qui a peur de faire exploser des pochettes de coke dans son cul. Les gars, c’est notre jour de chance. On est devant une hijuegranperra qui agit à titre de mule. Oh ! quelle belle journée !
— Calme-toi, Sandra. D’accord, tant pis pour le retard. Edgar, compose le code. Qu’on prépare le scanneur à boyaux. Cette fois, on va…
Sandra a dit :
— La petite hijueperra ! On va se régaler !
— Sandra ! Attends-nous !
Edgar a dit :
— ¡ Caray ! La folle vient de prendre son envol !